Des découvertes : Yasmine Khlat : Egypte 51, Paul Colize : un monde merveilleux, Ingo Schulze: de braves et honnêtes meurtriers, Minna Lindgren : les petits vieux d'Helsinki mènent l'enquête , James Runcie : Sydney Chambers et les périls de la nuit.
Coup de coeur : Mo Malo : l'inuite .
Des valeurs sûres : Valério Varesi : la maison du commandant, Donna Leon : noblesse oblige, Leo Malet : les eaux troubles de Javel; Boulevard...ossements.
Des romans historiques : Victoria Mas : l'orpheline du temple.
Des romans distrayants : M.C Beaton : chasse aux sorcières.
Yasmine Khlat: Egypte 51
Tour d'abord un petit mot sur l'auteur. Yasmine Khlat est née en 1959 à Ismaïlia en Egypte. Comédienne et réalisatrice elle fait ses débuts au cinéma à Beyrouth en 1979. Au moment de la guerre civile elle quitte le Liban en 1985 pour Paris où elle continue une carrière comme réalisatrice dans le cinéma avant de se diriger vers la littérature.
Ce livre est publié aux éditions Elyzad, dont j'ai eu l'occasion de lire plusieurs auteurs et je trouve ces publications de grande qualité (un grand merci à ma soeur pour ces découvertes !)
Revenons à l'histoire, car il s'agit de deux histoires en fait, celle de Stéphane et Mia et celle avec un grand H de l'Egypte et du Liban. Elle est introduite par un ancien gardien qui apporte des lettres à un interlocuteur dont on ne sait pas vraiment qui il est. Ces lettres ce sont les échanges épistolaires de Stéphane et Mia de 1951 à 1975.
En 1951 Stéphane tombe amoureux de Mia lors d'un séjour au Caire, il la demande en mariage, mais Mia n'est pas prête car son coeur est pris par un homme dont elle est encore amoureuse. Cet homme c'est Ramo issu d'un milieu pauvre et que Mia ne peut donc pas épouser puisque d'un milieu aisé.
Stéphane est docteur et vit et travaille à Ismaïlia au bord du canal de Suez. Mia s'étourdit entre oeuvres sociales, invitations, expositions, récitals, mais de santé fragile elle se réfugie dans la peinture. L'année 1951, c'est aussi l'époque de manifestations anti-britanniques en Egypte.
Puis les lettres datent de 1956. En 1956 c'est la nationalisation du canal de Suez sous la présidence de Nasser, une opération franco-israélo-britannique intervient pour envahir le canal de Suez : c'est la crise de Suez. Pour Mia, c'est le départ forcé vers le Liban.
Ensuite deux autres parties viendront terminer la saga familiale en 1975 et en 1984 au Liban.
L'auteur s'est inspirée des lettres de ses parents et dépeint les sentiments des uns et des autres, amour, exil, avec délicatesse et une belle prose, des mots choisis qui en font une lecture plus qu'agréable et qui reste ancrée en mémoire.
" Chère Mia,
Je vous écris d'Ismaïlia. En rentrant de Paris, j'ai passé quelques heures au Caire chez ma grand-mère où j'ai ausculté et écouté ma grand-mère souffrante. Elle est aveugle. Et l'on ne peut plus rien y faire. Je suis resté un bon moment auprès d'elle à lui tenir la main, à lui poser des questions. Vous la connaitrez peut-être un jour. Elle est italienne. Quand à ma grand-mère paternelle, elle était grecque mais je n'ai pas eu l'honneur de la connaître. C'est avec elle que mon grand-père a quitté sa ville natale, Tripoli, qui faisait alors encore partie de la Syrie (c'était avant la création du Grand Liban en 1920) pour venir s'installer au Caire. [...]
Vous voyez, Mia, notre beauté est dans notre métissage comme le dit l'un des mes amis. Mais ce métissage, cette ouverture à l'autre, nous porte sans cesse à nous excentrer, à fuir les taffetas de la convention, des lignées toutes tracées."
Mo MALO : l'inuite
Extrait :
Cette fois-ci je fais connaissance avec le Groenland, dans des villages où l'on ne peut se rendre qu'en hélicoptère ou en traîneau tiré par des chiens, c'est dire que cela ne facilite pas le travail de notre enquêteur Bjorn Westen à Kullorsuaq qui se trouve confronté à deux meurtres celui d'un grand-père Ole Eliassen il y a 9 mois et celui de sa petite fille Nina. Celle-ci meurt, égorgée, juste après avoir accouché d'un petit garçon, Ole. La sage-femme, Paninguaq, qui l'accouche est une sanaji - sage-femme itinérante - se rendre dans un hôpital est impossible dans ces petits hameaux. Le problème c'est que l'on a retrouvé l'ulu de Paninguaq - le couteau qui sert à rompre le cordon ombilical - près de la jeune fille. Paninguaq devient vite la suspecte number one.
Puis débarque un policier de Copenhague, service cold case, Tim Osterman, qui enquête sur un meurtre commis en 2011 sur la personne de Johannès Fersen, directeur de la Croix Rouge danoise.
Les deux policiers sont menacés par leurs supérieurs respectifs de résoudre leurs affaires sous peine pour Bjorn de voir fermer son service et d'avoir une mise à le retraite anticipée et pour Tim une mutation dans un placard au Groenland.
Les deux affaires vont converger vers un scandale d'état remontant en 1951. Lorsque 22 enfants inuits de 6 à 10 ans sont séparés de leur famille et placés dans des familles d'accueil au Danemark, le Groenland étant alors une colonie danoise. C'est ce qui s'est appelé l'Expérience dont le but était d' éduquer les enfants comme des danois, sans contact pendant deux ans avec leur famille d'origine, et donc de couper leurs liens avec la culture inuit afin que ces enfants soient une passerelle pour une domination du Danemark sur les structures politiques du Groenland. A l'issue de ces deux ans, sur les 22 enfants, 16 ne seront pas restitués dans leur famille d'origine, mais placés dans un orphelinat au Groenland à Nuuk et souffriront de troubles mentaux.
Au-delà des meurtres c'est dont bien de ce fait historique que relate Mo Malo dans ce livre où il dépeint la vie de ces inuits, description de ce choc des cultures, mais aussi des coutumes et des paysages groenlandais avec ce qu'il faut de rebondissements, fausses pistes.
Je vous conseille vivement cette lecture !
"Panik n'en était ni à son premier trajet sur un tel engin, ni à sa première balade nocturne sur la banquise.
Mais la conjonction des deux, dans cette forêt d'icebergs épars et pétrifiés, conféra à leur chevauchée un charme inédit. Le frisson d'adrénaline qui la traverserait une fois à destination devait compter aussi pour beaucoup, ouvrant d'ores et déjà son esprit, dilatant ses pupilles. Elle humait l'air gelé comme si elle respirait pour la première fois. D'abord anxieuse, elle ne tarda pas à s'abandonner à l'expertise du pilote, aux arabesques diffuses d'une aurore boréale qui tapissaient l'horizon, à la conviction que son entreprise était juste.
Car la nuit de sa mort, Nina lui avait parlé. Longuement, pour une femme en proie aux douleurs de la délivrance. Sans doute trop. Pressée d'expulser le poids qui écrasait sa conscience en même temps que celui qui pesait dans son corps. Elle lui avait raconté son grand-père pasteur, Ole, et son père avant lui, Aqqaluk.
Les enfants de Qullissat sacrifiés par sa lignée. Elle avait donné des noms, trois noms, dont un en particulier avait résonné sous les étoiles de Kullorsuaq, traçant le chemin de Paninguaq jusqu'à cet instant."
Paul Colize : Un monde merveilleuxLe titre aurait pu être : huis clos dans une Mercedes à l'intérieur en cuir rouge.
Nous sommes dans les seventies et plus précisément en octobre 1973. Cette date ne vous rappelle rien ? c'est la guerre du Kippour du 6 au 25 octobre qui voit l'attaque d'Israel par l'Egypte et la Syrie pour récupérer leurs territoires (Sinaï et plateau du Golan) occupés par Israël depuis la guerres des 6 jours (1967).
Le premier maréchal des logis belge Daniel Sabre basé en Allemagne où il est instructeur doit rejoindre Lyon avant la nuit. Sa mission consiste à emmener une femme, Marlène, là où elle le lui demande sans lui poer de questions. Cette mission doit rester secrète, il ne doit même pas en parler à sa femme et doit appeler son supérieur tous les jours à une certaine heure pour faire son rapport.
Dans ce huis clos, seule la radio, leur amène des nouvelles du monde. Pendant 5 jours ce road trip les emmènera de Lyon en Espagne et mettra à mal leurs certitudes. Ce court périple les liera à jamais.
Entre les chapitres sont insérés une page qui rappellent certains faits divers célèbres, dont je n'ai pas vraiment perçu la finalité, si ce n'est pour dire que le monde n'est pas si merveilleux que cela...
Je n'ai pas été franchement emballée par le récit.
Extrait :
"Elle s'anima.
-C'est curieux.
Pourquoi ?
Vous êtes stationné en Allemagne, on vous envoie en Belgique pour traverser la moitié de l'Europe avec une inconnue et vous ne posez aucune question.
Voilà autre chose.
Son pied gauche battait la mesure de son énervement.
-Où voulez-vous en venir ?
Elle s'enfiévra.
-Je trouve votre désinvolture aberrante.
-Aberrante ?
Il la vit gesticuler sur la banquette. Le volcan se réveillait.
-Oui, aberrante. Vous n'êtes pas un gamin, vous jouissez de toutes vos facultés mentales, vous êtes bien éduqué, vous avez des valeurs, des principes, vous croyez peut-être en un dieu quelconque et pourtant vous obéissez aux ordres qu'on vous donne sans poser la moindre question.
Il réprima un geste de contrariété.
-C'est la règle à l'armée et croyez-moi, c'est mieux. Si tout le monde commençait à discuter ou à s'interroger sur la finalité de chaque ordre, on ne gagnerait jamais une guerre."
Ingo Schulze: de braves et honnêtes meurtriers
Extrait:
Roman en trois parties. Dans la première partie, un narrateur relate la vie de Norbert Paulini libraire réputé dans les livres anciens à Dresde alors en Allemagne de l'Est. Il faut dire que sa mère Dorothéa Paulini en 1951 avait reçu l'autorisation d'ouvrir une librairie de livres rares et anciens. A sa mort deux ans plus tard Klaus Paulini garda les livres dans des cartons, cartons sur lesquels dormi Norbert. Cette première partie raconte comment Norbert a développé son commerce en rassemblant les ouvrages même ceux interdits en RDA. Il vit ainsi dans son univers. Mais l'histoire le rattrape à la chute du Mur. Pour lui c'est la déconfiture, il perd sa maison, il divorce, les goûts des lecteurs changent, sa banque le lâche, ses points de vue changent aussi. Et puis à la fin d'un chapitre, alors que Paulini e interrogé par un policier car lui et son fils sont soupçonnés de liens avec l'extrême droite, une phrase reste en suspens. La deuxième partie commence alors, le narrateur est un écrivain, un certain Schultze, clin d'oeil de l'auteur, qui écrit une nouvelle sur Paulini, il raconte sa rencontre avec Paulini et une partie de la suite de sa vie. Puis dans la troisième partie c'est l'éditrice de Schultze qui rencontre le successeur de Paulini et qui cherche à connaître la vérité sur la mort de ce dernier.
Un livre hommage aux libraires, une réflexion sur la littérature, un livre sur la vie en RDA et le difficile passage à la réunification, comment un homme humaniste devient un autre homme.
" Norbert Paulini ne répondit pas tout de suite, par respect pour cette crise émotionnelle de M. Adameck. Il se cala dans son siège et se croisa les jambes.
"Vous voulez-donc dire, récapitula Norbert Paulini, maintenant qu'enfin règnent la démocratie et la liberté, que je devrais à présent fermer ma librairie de livres rares et anciens, et les livres - oui, que faire des livres ? -, les balancer dans l'Elbe ? Ou les rapporter sur la décharge de Plottendorf ? Et que je cherche un appartement d'une pièce dans le quartier de Johannstadt pour attendre, assis devant la télévision, que le bureau d'emploi m'écrive ? Tout en continuant bien sûr à rembourser gentiment mon emprunt pendant les dix prochaines années, sans oublier la pension mensuelle pour Julian qui m'incombera." Norbert Paulini arbora un sourire. "C'est cela que vous voulez me recommander, sérieusement ?"
"Oui", dit M. Adameck, avec un soulagement qui détendit tout son corps. "C'est à peu près ça."
Valério Varesi : la maison du commandant
Extrait :
Nous revoici dans les brumes du Pô et plus particulièrement dans la Bassa, territoire compris entre Parme et Crémone où le commissaire Soneri est à l'aise et sait se repérer sur les chemins détrempés par les crues du Pô. Chargé d'explorer les rives du Pô à la recherche d'armes, deux cadavres sont retrouvés : un hongrois sur les rives et Manotti, un ancien commandant des partisans, dans sa maison isolée des bords du Pô. Ce Manotti, le capitaine Soneri le connaissait bien. Soneri va prendre son temps, comme à chaque fois, ce qui n'est pas du goût du questeur, Capuozzo qui s'appuiera sur d'autres services. Mais Soneri va lentement remonter dans le temps pour démêler l'affaire du commandant et s'appuyer sur les habitants dont il a la confiance pour traquer les coupables à la façon d'un chasseur entre deux anollis au bouillon et un verre de gutturnio, au Stendhal chez Bruno. Mais le véritable personnage du livre, c'est le Pô dont les crues rythment la vie des habitants. Ici devenu une zone de non-droit entre les braconniers qui pêchent le poisson sans se soucier de la ressource, des vols dans les distributeurs de billets, du trafic d'armes, et des industries qui y déversent leurs rejets.
Je me suis laissée embarquée dans la pluie, la brume et les paysages détrempés, au fil des réflexions de Soneri et de la musique de Verdi et j'adore !
"- Il y en a même qui endossent les problèmes des autres pour remplir leur existence, dans le bien ou le mal.
-C'est exactement ça. Et je n'ai pas l'impression que ces deux-là les endossent pour le bien... clarifia Soneri.
-Qu'est-ce qu'on en sait? le coupa l'autre. De leur point de vue, ils sont du bon côté : foutre en l'air ce monde dégueulasse. On en voudrait pas un autre toi et moi ? Tu l'aimes, toi, cette société où les arrogants et les malhonnêtes dirigent les gens bien ? Où les pires gouvernent les meilleurs ? Où la méchanceté est toujours victorieuse ? Tu l'aimes, ce monde où tout s'achète ? La justice, la respectabilité, le droit d'être aux commandes ? Pourquoi on n'aurait pas le droit de prendre un flingue quand y'a des gouvernants qui peuvent décider de condamner à mort des milliers d'enfants pour un simple opération monétaire, ou qui choisissent de planter du maïs pour produire du gas-oil au lieu de produire à bouffer ? Essaie de te mettre dans la peau du père d'un gosse condamné à crever de faim, et pose-toi la question: tu n'épaulerais pas un fusil ? Tu as déjà vu les yeux d'un môme qui crève de faim? Je suis plus vieux que toi, j'ai connu ça, je l'ai vu. Je peux t'assurer que si j'étais dans la peau du père de ce môme, je me poserais la question : le plus humain c'est quoi ? Donner à manger à celui qui réclame ou tirer sur celui qui affame ? Tu ne te poserais pas ces questions-là dans ces conditions?"
Minna Lindgren: les petits vieux d'Helsinki mènent l'enquête
A Helsinki, il existe une maison de retraite au nom charmant : la residence du Bois du Couchant gérée par la directrice Sinikka Sundström, une personne douce et amicale mais avec peu de sens pratique. Elle est assistée par sa personne de confiance Virpi Hiukkanen, gestionnaire des affaires de la résidence, responsable du recrutement et du bien-être des pensionnaires mais aussi des salariés.
Mais il semblerait qu'il ne fasse pas bon finir ces jours dans ce lieu au nom si charmant: Téro le cuistot est retrouvé pendu, Olavi l'ancien combattant est convaincu que son infirmier a abusé de lui sous la douche et son ami Reino est envoyé au service de démence pour avoir dénoncé ce scandale. En plus des facturations abusives de soins, des intrusions dans les appartements, il n'en faut pas plus pour Siiri et Irma pour enquêter, mais quand on perd la mémoire, il est difficile de ne pas perdre le fil de l'enquête. Elles seront aidées par Mika le chauffeur de taxi et Anna Liisa une nonagénaire qui a toute sa tête et qui finit même par trouver un amoureux!
A vrai dire, ce n'est pas un policier mais plus une comédie loufoque mais aussi une satire des résidences pour prsonnes âgées. C'est le premier volet d'une trilogie, à voir si je tenterais le deuxième car j'ai eu un peu de mal sutout au début à suivre les tribulations de tous ces petits vieux.
Extrait :
" Malheureusement, Siiri ne pouvait guère affirmer avoir rajeuni ces derniers temps, au contraire : elle ne s'était jamais sentie vieille d'une manière aussi cruelle que cette année, quand toutes sortes de choses incontrôlables lui étaient tombées dessus. Elle avait l'impression que les nonagénaires vivaient sur une petite île déserte et ne faisaient plus du tout partie du monde extérieur. Les banques ne prenaient plus les billets, la résidence étaient un repaire de malfrats, et elles, pendant ce temps, devaient se traîner du mémoparcours à la gym avec canne sans se poser de questions. Même dans le tramway, elles regardaient passer la vraie vie, la vie fourmillante, comme des étrangères, comme si elles regardaient une télé sans télécommande."
Victoria Mas : l'orpheline du temple
Roman épistolaire entre Joseph Herbelin, horloger à la Roche sur Seine, et sa tante Céleste qui l'a élevée. Il lui raconte comment, en février 1794, alors âgé de 19 ans, il est nommé gardien de la tour du temple.
Jusqu'en septembre 1795, il va garder les derniers otages royaux, Louis Charles et Marie Thérèse Charlotte enfants de Louis XVI et de Marie Antoinette.
Marie Thérèse de France fut libérée dans la nuit du 18 septembre 1795 et remise à l'Autriche en échanges de prisonniers français.
Joseph va décrire les conditions dans lesquels sont internés les deux enfants Louis atteint de tuberculose finira par mourir en prison et Marie Thérèse, solitaire, ira jusqu'à pratiquement perdre l'usage de la parole. Joseph, tiraillé par son devoir, est touché par la dignité de la jeune fille pour laquelle il éprouve une attirance. Ce sentiment le poursuivra toute sa vie ainsi que l'espoir de la revoir.
C'est un roman court qui se lit bien sur cette partie de l'histoire pas forcément connue.
Extrait :
"Vous l'aurez compris, la désolation au sein du Temple était sans pareille. Ni la Convention ni la Commune ne savaient que faire des derniers descendants de la monarchie. Le bannissement était certes moins cruel que la guillotine, mais laissait le fils de Louis XVI libre de revenir un jour et réclamer le trône de France. D'un autre côté, l'exécution de deux enfants pouvait sévèrement entacher l'image de notre nouvelle République... Le choix le plus sûr étaient encore de les laisser enfermés. Les débats se poursuivaient, les semaines s'écoulaient, et pendant ce temps, nous autres au sein du Temple, prisonniers de cette tour maudite, nous métamorphosions. Les mines devenaient blêmes, jaunes, grises. Les corps se tordaient, les voix se taisaient[...] Quant à moi, malgré mes efforts, je commençais à sombrer dans la plus accablante déréliction, me persuadant que ne reverrais plus ni la ville ni la campagne, que je ne connaîtrais jamais de femme, que cette tour serait mon caveau."
7ème tome des enquêtes du commissaire Brunetti. Cette fois ci son enquête le mène dans les hautes sphères de la société italienne. Des ossements humains sont retrouvés dans un champ à Col di Cugnan petit village à une centaine de km de Venise. Une bague avec armoiries est trouvée avec le corps du défunt et permet de reconnaître son appartenance à une riche famille vénitienne les Lorenzoni. Roberto Lorenzoni, puisqu'il s'agit de lui, alors âgé de 21 ans a été kidnappé deux ans plus tôt, son corps n'ayant jamais été retrouvé.
Brunetti réouvre le dossier et se rend chez les Lorenzoni où il trouve la comtesse qui n'est plus qu'une ombre depuis la disparition de son fils, le comte qui a confié la gestion des affaires à son neveu Maurizio. Pour Brunetti il sera difficile d'enquêter dans ce milieu très fermé de l'aristocratie. Heureusement son beau-père, le comte Falier, lui permet de pénétrer les secrets de la famille Lorenzoni.
Comme d'habitude l'auteur entremêle la vie de famille, le métier, et l'enquête du commissaire, ce qui nous rend Brunetti profondément humain.
Extrait :
"- Pourquoi quoi est si important pour moi ? d'arrêter les auteurs de crimes ?
D'un geste de la main, Falier balaya l'esquive.
Non, je ne pense pas que ce soit cela. Je vais reformuler ma question différemment. Pourquoi est-il si important pour toi que justice soit faite ?
[...]
Tu as lu les Grecs, n'est-ce pas ? finit par demander le commissaire.
-Certains, oui.
-Critias ?
-Oh, cela fait si longtemps que je n'en ai que le plus vague des souvenirs. Pourquoi ?
Valéria réapparut, posa les verres devant eux et repartit en silence.
Brunetti souleva le sien et prit une petite gorgée.
- Je le cite approximativement, bien sûr, mais toujours est-il qu'il dit quelque part que ce sont les lois de l'Etat qui prendront soin des crimes publics, et que c'est la raison pour laquelle nous avons besoin de la religion, afin de pouvoir nous persuader que la justice divine s'occupera des crimes privés.
Il s'interrompit pour prendre une nouvelle gorgée.
-Mais voilà, nous n'avons plus de religion, pas vraiment, n'est-ce pas ? (Le comte secoua la tête.) Dans ce cas, c'est peut-être ce que je cherche, même si j'en parle rarement, et même si, en réalité, je n'y pense pas souvent. Si la justice divine n'est plus là pour s'occuper des crimes privés, il est important que quelqu'un d'autre le fasse."
M.C Beaton : Agatha Raisin tome 28: Chasse aux sorcières
Lecture agréable à lire et distrayante pour celles et ceux qui aime ce type de lecture. Moi ça ne me déplait pas de me retrouver nez à nez avec Agatha, ses états d'âmes et ses enquêtes.
Dans un village typiquement anglais des Costwolds que l'on pourrait croire tranquille, il se passe des choses étranges à Sumpton Court. Voilà que le nouveau pasteur Rory Harris et sa femme Molly, en rentrant d'une soirée détestable chez les Chumble, aperçoivent un corps pendu à un chêne foudroyé, appelé l'arbre des sorcières. Ce corps appartient à Margaret Darby, une célibataire fortunée. Agatha va donc enquêter à la demande de sir Edward Chumble qui espère bien tirer les marrons du feu en s'adjugeant la résolution de l'affaire. C'est sans compter sur la pugnacité d'Agatha, bien que celle-ci songe à passer la main. La recette est toujours un peu identique, mais c'est distrayant.
"-Et voilà, dit Agatha à Mrs Bloxby le soir même. C'est Molly qui en a eu l'idée après que son mari, Rory, lui a raconté comment la police s'était débarrassée de ce bon vieux sir Edward. Leur mépris l'a tellement vexé qu'il y avait fort à parier qu'il m'engagerait pour prendre sa revanche. Je suis ravie car cette affaire me fascine. Mais franchement, qui s'intéresserait à un crime juste pour soigner son ego ?
Vous, par exemple, songea la femme du pasteur, qui n'avait pas oublié la première enquête d'Agatha. Elle garda néanmoins ses réflexions pour elle et la prévint :
-Il y a toujours eu une atmosphère exécrable dans ce village. On pratique encore la sorcellerie dans certains coins des Costwolds."
Léo Malet : les eaux troubles de Javel
15eme arrondissement, quai de Javel, Pont Mirabeau, rue Blomet, rue de la Saïda, rue Balard, les usines Citroën, le bal nègre, rue de la Convention et rue de Vaugirard. C'est avec une certaine nostalgie que je me suis embarquée dans ce livre car ce 15 ème arrondissement a bien changé depuis la fin des années 50.
Nestor est appelé par Hortense la compagne d'un certain Paul Demessy, ouvrier métallurgiste chez Citroën -Citron comme on disait à l'époque- Paul a disparu du foyer. Si Hortense fait appel à lui c'est que Nestor a aidé Paul à remonter la pente - vu qu'il était clodo place Maubert- Et puis Hortense est enceinte et pense que Paul est parti à cause de cet enfant qu'ils auront du mal à élever dans cette rue de la Saïda où les locataires ne roulent pas sur l'or.
Nestor se fait un devoir de retrouver Paul pour connaître l'exacte vérité sur sa fuite. Ses pas le mèneront au 33 rue Blomet - au bal nègre - à la recherche de Jeanne une connaissance de Paul, chez Firmin, un café non loin des usines Citroën, au café de la rue Payen, chez une voyante Zorga-Tinéa dont le cabinet est non loin du Vel d'hiv, et aussi chez les Laurédant place de Breteuil. Bien sûr il trébuchera sur des cadavres et se prendra quelques gnons.
Un livre sur la société de l'époque sur fond de guerre d'indépendance algérienne.
Un bon Burma !
Extrait :
"Toutes ces émotions et mon coup sur la tête firent que je dormais encore, le lendemain, vers onze heures, lorsque les deux zigues s'amenèrent. Vous parlez d'un rince-cochon...Le commissaire Florimond Faroux désirait me voir et si je voulais bien les suivre... Je les suivis. A bord de leur bagnole d'abord, à travers Paris ensuite. Lorsque nous atteignîmes le boulevard de Grenelle, je ne dis rien, - mes compagnons n'étaient pas non plus très bavards - mais j'avais compris. Nul besoin d'être voyant pour comprendre qu'on allait chez la voyante. Dans mon départ précipité de chez elle, j'avais dû laisser des traces de mon passage ou bien Jeanne n'avait pu garder le secret.
- Ah ! voilà Nestor Burma, claironna Faroux, en m'apercevant.
Il était dans le cabinet tragique, en compagnie de la morte, dissimulée sous une couverture, et de quelques-uns de ses collègues de la Tour Pointue. La loi, qui a parfois besoin d'air, avait décroché une des funèbres tapisseries murales, - c'eût été, pourtant, plus que jamais le moment de les laisser en place - et le jour pénétrait à flots par la fenêtre ainsi libérée."
Et voilà que Nestor et Hélène ont gagné une coquette somme à la loterie. Mais Nestor ne rechigne pas à recevoir les clients qui se présentent. C'est le cas de Omer Goldy, diamantaire de son état dont l'officine est sise rue Lafayette. Celui -ci vient lui demander d'enquêter sur un certain Tchang Pou, restaurateur. Il n'en dit pas trop juste que ce Tchang Pou est lié à des russes sans trop expliquer pourquoi. Cela éveille la curiosité de Burma qui accepte le marché.
Si dans le livre précédent Hélène n'était pas trop présente, cette fois ci elle file, espionne, enquête pour le compte de son cher patron.
L'action se déroule dans le 9ème arrondissement
Donc c'est en compagnie d'Hélène que Burma dîne le soir même au restaurant chinois le Concession-Internationale de Tchang Pou. Il n'hésite pas à fouiller les appartements dudit chinois, d'y trouver un carton rose qui est tout simplement une réclame d'un ancien lupanar de Shangaï employant des prostituées russes et d'y recevoir quelques coups.
Ce petit carton va le mener de la Maison Natacha, lingerie de luxe, tenue par deux immigrées russes, à un squelette féminin unijambiste chez Kostenko un ancien russe blanc, graisseur d'ascenseur, en passant par les diamants de la couronne des Romanov, le diamantaire de la rue Papillon et la salle des ventes de la rue Drouot.
" Pas si pigeon que ça. ¨Pas pigeon du tout, même, si vous voulez mon avis, chérie.
- Pas pigeon ? Qu'est-ce qu'il vous faut, alors ? Vous lui demandez deux cent billets pour quelque chose qui en vaut à peine cinquante, et il accepte tout de suite. Et ce n'est pas un pigeon ?
- Il n'a pas accepté tout de suite. Il a réfléchi. Réfléchi longuement. Il a soupesé si le jeu en valait la chandelle. C'est ce que je voulais savoir. Cracher deux cent mille tickets pour obtenir des renseignements sur des Chinois, des Russes ou Turcs, mâles, femelles ou ambidextres, c'est de la rigolade. Mais ce ne l'est peut-être pas, s'il y a des millions au bout. On doit pouvoir miser deux cents billets... Ce Goldy, ma poule, si jamais il participe à un concours de mensonges, il est à peu près sûr de décrocher la timbale. Non qu'il soit très convaincant, mais enfin c'est un menteur...
- Et de quoi croyez-vous qu'il s'agit, alors ?
- De tout ? Sauf d'un ami dont le fils a des ennuis sentimentaux. J'ai demandé une forte somme exprès, pour voir sa réaction. Quoiqu'il en dise, ce micmac a un rapport avec sa profession. Diamantaire, ne l'oubliez pas. Les diamants, ça va chercher loin. Lui et son Chinois
sont certainement embringués dans une combine de diamants."
Deuxième volet des mystères de Granchester, je n'ai pas lu le premier mais ce n'st pas dérangeant. Il a inspiré la série Grandchester.
Ce sont les enquêtes du chanoine détective Sidney Chambers qui aime le whisky et le jazz dans les années 50 à Cambridge. Plusieurs personnages : son ami l'inspecteur Keating avec qui il va boire un verre et jouer au backgammon à l'Eagle, son vicaire Léonard Graham, Mme McGuire sa cuisinière et puis Dickens son labrador, et enfin Amanda et Hildegard dont Sydney est amoureux et dont le coeur balance.
Ce livre comporte 6 chapitres de 1955 à 1961 et chaque chapitre est une enquête différente.
J'ai eu du mal à rentrer dans les premiers chapitres, je me suis même demander si je n'allais pas laisser tomber. Pas de coup de coeur donc mais une visite intéressante dans le Cambridge des années 50.
Extrait :
"Après avoir pris deux pintes à l'Eagle avec son excellent ami l'inspecteur Geordie Keatings, Sidney amorçait son retour. Il était plus de dix heures, et la plupart des étudiants de premier cycle étaient enfermés dans leurs collèges. Pour rentrer au-delà de cette heure, il fallait passer par la loge du concierge et s'acquitter de "pénalités de retard "d'un shilling. Cette permission de sortie s'achevait à minuit, heure après laquelle il était impossible de rentrer sans contrevenir au règlement. Ceux qui souhaitaient regagner leurs chambres aux petites heures n'avaient plus alors qu'une option : jouer les monte-en-l'air et s'introduire par effraction. Sidney l'avait fait quand il était étudiant, environ une dizaine d'années avant de devenir pasteur de Grandchester; arrivé par Free School Lane, il avait escaladé la grille à côté de l'église de St Bene't, grimpé à un tuyau d'écoulement, traversé les toits et, après être passé au-dessus du jardin d'hiver, il s'était introduit à l'intérieur du bâtiment par une fenêtre ouverte de la loge du principal.[...] A Cambridge, la pratique de la varappe nocturne était devenue une espèce de sport local, car les étudiants continuaient à s'adonner à cet alpinisme illégal qu'ils avaient baptisé le huitième ciel."
BD Goscinny et Uderzo : Astérix le grand fossé
Dans un petit village gaulois semblable à celui d'Astérix et Obélix c'est la guéguerre entre les habitants : Tournedix et Ségrégationnix revendiquent tous les deux la fonction de chef, résultat le village est coupé en deux par un grand fossé et chaque côté est administré par un des deux chefs.
Mais Comix fils de Tounedix et Fanzine fille de Ségrégationnix sont désespérés, leur belle histoire d'amour ne se terminera pas par un heureux mariage.
Comix se résout à aller demander de l'aide au druide Panoramix. Astérix et Obélix vont voler au secours des deux amoureux mais c'est sans compter sur Acidenitrix, le manipulateur à tête de hareng saur, qui va tenter de faire échouer cette tentative pour épouser la belle Fanzine !













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