samedi 14 mars 2026

Envie de lecture....chapitre 34

Nouvelle année, nouvelles lectures : Philippe Kerr, Keigo Higashino, Ken Follett, Ondjaki, Michael Ondaatje, MC Beaton, Laurent Joffrin, Jean Christophe Portes, Patricia Wentworth, Julia Chapman et quelques  BD...de quoi faire oublier la grisaille des derniers mois !


Philip Kerr : Hôtel Adlon
De Philip Kerr j'ai déjà lu pas mal de livre de la série Bernie Gunther mais pas forcément dans l'ordre chronologique, plutôt dans l'ordre de parution, ce qui ne m'a pas dérangé.
Le livre commence en 1934 Bernie Gunther, ancien flic de la Kripo de Berlin a été contraint de démissionner au vu de sa sympathie à la République de Weimar suite à l'accession des nazis au pouvoir en janvier 1933.
Il a trouvé un travail à l'hôtel Adlon comme responsable de sécurité. "En tant que détective - parmi d'autres - de l'Adlon, j'étais censé interdire l'accès de l'hôtel aux voyous et aux assassins. Ce qui pouvait se révéler épineux quand les voyous et les assassins en question étaient des responsables Parti nazi." L'ambiance à Berlin est contrastée : peur des SS, car les milices sont dans la rue et il n'est pas bon de dire tout haut ce que l'on pense tout bas, il n'est pas bon d'être juif, rom, ou communiste sous peine de voir grossir les effectifs de prison ou des camps. Et puis il y a l'effervescence des Jeux Olympiques.
Les Allemands construisent le stade en toute hâte, matériaux, travailleurs (même juifs) car dans deux ans il faut être prêt, surtout que le comité d'experts américains a certifié la politique non discriminatoire de l'Allemagne envers les juifs.
Bernie va être confronté au vol d'un coffret chinois de grande valeur appartenant à Max Reles un escroc américain qui a de forts appuis de la part des dirigeants allemands, puis à la mort de l'entrepreneur Rubush dans sa chambre d'hôtel et aussi à celle d'un boxeur juif retrouvé noyé dans l'écluse de Mühlendamm.
Il va également être au service de Noreen Charalambides, cliente de l'hôtel et journaliste américaine, qui souhaite rédiger un article sur l'antisémitisme afin de pouvoir boycotter les Jeux. Il va sans dire que ce n'est pas du goût des autorités. Elle lui demande également de retrouver le meurtrier du boxeur juif.
Entre outre, Bernie ayant des origines juives par sa grand-mère maternelle, il va devoir sur les conseils d'un ami à la police faire ce qu'il appelle une transfusion aryenne, sinon il ne pourra jamais monter son agence de détective.
Nous le retrouverons ensuite vingt ans plus tard à Cuba sous le nom de Carlos Hausner où il a retrouvé Max Reles, directeur de casino, et Noreen qui le sollicite à nouveau pour protéger sa fille Dinah.
Il lui faudra faire des choix, mais son humour grinçant, son art pour se sortir des mauvais pas dans lesquels il se met, son esprit chevaleresque pour défendre la bonne cause, en font un héros attachant et un prétexte pour l'auteur de dépeindre l'Allemagne de cette période.

Extrait :
"Le type en manteau de cuir me poussa sur une chaise devant une table de conférence, après quoi il poussa un stylo et unefeuille de papier vers moi. Il semblait doué pour pousser.
-Signez, ordonna-t'il.
-Qu'est-ce que c'est ?
-Une D-11. Une ordonnance de placement en détention.
- J'ai moi-même été flic, rétorquai-je. A l'Alex. Et je n'ai jamais entendu parler d'une D-11. Qu'est-ce que ça veut dire?
Manteau de cuir lança un regard à Von Helldorf, qui répondit :
-Si vous signez, cela veut dire que vous acceptez d'être envoyé dans un camp de concentration.
- Je n'ai pas envie d'aller dans un camp de concentration. En fait, je n'ai pas envie d'être ici non plus. Ne m'en veuillez pas, mais ça a été une rude journée.
-Signer une D-11 ne signifie pas que vous serez envoyé en camp de concentration, explique Von Helldorf. Cela signifie que vous êtes d'accord pour y aller.
-Pardonnez-moi, monsieur, mais je ne suis pas d'accord.
Von Helldorf se balança sur les talons de ses bottes cavalières et fit cliqueter les dés derrière son dos.
-On pourrait dire que, une fois signée, elle constitue une sorte de garantie de votre bonne conduite. Votre future bonne conduite. Vous saisissez?
-Oui. Mais, de la même façon, et avec tout le respect que je vous dois, général, il pourrait tout aussi bien en résulter qu'on m'expédie d'ici au camp le plus proche. Ne vous méprenez pas. Un peu de vacances ne feraient pas de mal. J'adorerais passer quelques semaines à me tourner les pouces et à rattraper mes lectures en retard. Mais, d'après ce qu'on raconte, il n'est guère possible de se concentrer dans un camp de concentration."

Keigo Higashino : le fil de l'espoir
Quatrième tome qui met en scène Kaga et Matsumiya les deux cousins qui travaillent à la police de Tokyo. Si jusqu'à présent Kaga était mis en avant, c'est Matsumiya qui dans ce livre est mis en avant.
Le livre commence par un prologue où quinze ans plus tôt Shiomi et Reiko perdent leurs deux enfants dans un tremblement de terre. Quinze ans plus tard Yayoi est assassinée dans son salon de thé. Parallèlement à ça, Matsumiya reçoit un appel d'une certaine Ayako propriétaire d'une auberge dont le père est atteint d'un cancer en phase terminale, qui lui révèle qu'elle est sa demi-soeur.
Matsumiya est chargé au niveau de la cellule d'investigation avec son collègue Hasébé de collecter les témoignages et indices sur l'assassinat de Yayoi, mais son enquête s'avère plus difficile que ce qu'il avait escompté, heureusement Kaga est là pour lui montrer le chemin..  Tous les différents personnages Shiomi, Ayako, Yayoi, Matsumiya sont confrontés au manque de communication et à la fin Matsumiya aura les mots suivants: "Mais je suis reconnaissant. Que le long fil n'ait pas été coupé, ajouta-t'il en baissant les yeux vers son père".
Un livre captivant qui tient en haleine pour suivre les personnages dont il émane beaucoup de sensibilité et qui sont face à leurs choix.

Extrait : 
"- Apprendre que son vrai père est quelqu’un d’autre que la personne que l’on croyait être son père rend-il heureux ? Quelqu’un qui connaît la vérité sur cette paternité doit-elle en informer l’intéressé ?
Kaga ne répondit pas tout de suite.
- Toi, tu en penses quoi ? Quel effet ça a eu sur toi d’apprendre ça ?
- En toute honnêteté, je ne sais pas vraiment. D’un côté, je me dis que ç’aurait été plus facile de continuer à ne pas le savoir, mais de l’autre, je pense que maintenant que je le sais, je voudrais aller jusqu’au bout et connaître toute la vérité. C’est compliqué. La seule chose certaine, c’est que ce n’est pas rien. Dans certains cas, ça peut changer la vie de la personne en question.
-  Oui, bien sûr. Mais où veux-tu en venir ?
- Ce que je me demande, c’est si c’est nécessairement juste de dévoiler le secret d’un tiers. Encore plus quand il s’agit de paternité. La police a-t-elle ce droit ? Même si c’est pour révéler la vérité à propos d’un crime qui a été commis.

Ken Follett : Le code Rebecca
L'auteur précise en préambule que ce n'est pas un livre d'histoire bien qu'il soit inspré par une histoire vraie, celle d'un espion Johannes Eppler qui a traversé le désert pour arriver en Egypte d'où il a envoyé des  messages codés à Rommel basé sur le livre Rebecca de Daphné du Maurier.
Le livre commence donc par la traversée du désert de l'espion Alex Wolff et son arrivée en Egypte où tout ne se passe pas forcément comme il l'entendait. Et le voici donc traqué par William Vandam du service de sécurité des renseignements britannique. Les deux protagonistes sont assistés de deux femmes pour Wolff c'est sa maitresse Sonja une danseuse renommée du Cha-Cha Club et pour Vandam, Elena une juive égyptienne.
Wolff transmet chaque jour des renseignements au QG de Rommel depuis la péniche de Sonja où il s'est réfugié. Il utilisera Sonja pour séduire le major britannique Smith pour récupérer des renseignements. Vandam aussi utilisera Elena pour trouver l'adresse de Wolff. Personnages de fiction et personnages réels se côtoient.

Un roman d'espionnage où on déambule dans les rues du Caire et où certains égyptiens souhaitent la victoire allemande pour se libérer de l'impérialisme britannique. 

Extrait :
"William Vandam commençait à désespérer de jamais retrouver Alex Wolff. Le meurtre d'Assiout remontait à près de trois semaines et Vandam n'était toujours pas plus près de son gibier. A mesure que le temps passait, la piste refroidissait. Il en venait presque à regretter qu'il n'y eût pas un autre vol de porte-documents pour savoir au moins où Wolff voulait en venir.
Il savait que sa préoccupation frisait l'obsession. Il s'éveillait en pleine nuit, vers trois heures du matin, lorsque l'effet de l'alcool s'était dissipé et restait à ruminer ses pensées jusqu'au lever du jour. Ce qui le préoccupait, c'était le style de Wolff : la façon détournée dont il s'était introduit en Egypte, la soudaineté du meurtre du caporal Cox, la facilité avec laquelle Wolff s'était perdu dans la ville. Vandam remâchait tout cela inlassablement, sans cesser de se demander pourquoi il trouvait cette affaire si fascinante."

Ondjaki : les transparents

J'avais bien aimé du même auteur GrandmereDixneuf et le secret du soviétique.
Le personnage central du livre est la ville de Luanda en Angola et les différents personnages que l'on rencontre servent à décrire le désordre qui règne dans la ville (le livre est sorti en 2015). Il décrit la transparence sociale, c'est à dire les gens que l'on ne voit pas, que le pouvoir politique ne voit pas sauf s'ils ont besoin d'eux.
Un immeuble délabré dans le centre-ville de Luanda. Dans cet immeuble une source d'eau douce ou une fuite (on ne sait pas trop) envahit le 1er étage, eau bienfaisante puisque l'on s'y rafraichit et qu'on y puise de l'eau et où règne entraide et chaleur humaine. Les habitants sont les principaux personnages. Il y a Odonato qui devient de plus en plus transparent au fil du livre et sa femme Xilisbaba, GrandMèreKunjikise qui parle umbundu... MariaComForça qui vend du poisson grillé et son mari Joao Devagar plutôt débrouillard qui crée dans un lieu désaffecté l'EgliseDeLaBrebisSacrée et aussi une salle de cinéma sur le toit de l'immeuble. Le camaradeMuet qui écoute du jazz en épluchant les légumes. Paizinho qui recherche sa mère que la guerre a séparé de lui, Paulo le journaliste, Edu et son mbumbi (hernie)et Nelucha sa femme. Le MarchandDeCoquillages et l'Aveugle qui dit du MarchandDeCoquillages "j'ai du respect pour la façon qu'il a de faire son métier en demandant à la mer et à Kianda (la déeese de la mer) la permission de ramasser ces coquillages...qui sont comme les jouets de Kianda", Amarelinha la brodeuse de perles. Et puis passent dans cet immeuble le Facteur qui écrit des lettres qu'il distribue à des gens importants car il réclame une mobylette pour faire sa tournée, les contrôleurs qui contrôlent, ministres et journalistes. Et voilà que le Président annonce que non seulement les sous-sols luandais vont être transformés en gruyère pour extraire du pétrole dont seuls profiteront les puissants, malgré le scepticisme de certains scientifiques, mais les journaux annoncent l'inauguration de la nouvelle compagnie de distribution de l'eau. "-réveillez-vous les gars ...quelle distribution ?! alors, maintenant, l'Etat a besoin de quelqu'un du secteur privé pour assurer la distribution de l'eau ?   et nous nous ne disons rien,c'est ça ? [...] dormez pendant qu'on vous anesthésie avec des doses de soi-disant modernité !, et des belles voitures, et de l'internet qui ne fonctionne pas."

Ondjaki écrit au rythme de la musique qui l'inspire, peu de points, pas de majuscule en début de phrase et beaucoup de poésie.A lire.

Extrait: 
"assis dans le coin qu'on lui avait attribué, sous une ombrelle colorée et trouée, l 'Aveugle souriait en pensant à ce qu'on lui avait dit, qu'il n'aurait pas à payer l'entrée, parce qu'au cinéma GaloCamoes, les non-voyants avaient une place réservée d'office bien que cela ne valût pas la peine qu'ils se mettent debout en bouchant la vue des autres
l'Aveugle avait donc un coin réservé où, disait le gérant du cinéma, le vent en fin d'après-midi et en début de soirée faisait une courbe délicieuse, ce qui procurerait à l'Aveugle une position privilégiée dans la douceur de la brise pour écouter les merveilleux films qui allaient être présentés là
-mais n'avez-vous pas dit que ce cinéma n'aurait pas de son. je vais rester planté là comme un arbre assis sans rien voir ? se plaignit l'Aveugle
-je vois bien plus loin, l'ancien, ne vous inquiétez pas, le cinéma GaloCamoes est vraiment le cinéma du huitième art, et je ne plaisante pas. et le huitième artiste, disons ça comme ça, celui qui fera de ce cinéma quelque chose de monumental pour ne pas dire monovocal, sera le public. l'assistance participative !
-mais comment ?
-nous n'aurons pas de son, sauf celui que voudra le public. c'est le public, isolément ou conjointement, qui sera invité à ébaucher, par la bouche de chacun, le son du film...vous voyez ? cela va être une merveille !"

Michael Ondaatje : Ombres sur la Tamise
Michael Ondaatje est connu pour avoir écrit Le Patient Anglais (1997) un film adapté au cinéma.
Ombres sur la Tamise (paru en 2019) relate l'histoire de deux adolescents Nathanael et Rachel dans le Londres de l'après-guerre. C'est Nathanael le narrateur. Leurs parents devant partir précipitamment à Singapour pour un an, ils confient leurs enfants à des hommes étranges. Rien n'est divulgué au début de l'histoire sur le lien les unissant aux parents des deux enfants. C'est "le Papillon de Nuit" ainsi surnommé par les enfants qui va se charger de leur éducation aidé par un de ses comparses "le Dard". Les enfants sont entraînés dans un monde trouble : courses illégales de lévriers, équipées de nuit en bateau dans d'anciens canaux de la Tamise, marché noir de caisses sans étiquette). Leur monde au départ bien rangé devient un monde plein d'aventures et de rencontres en tout genre car dans la maison des parents affluent des personnages bizarres à leurs yeux.  
Après cette première partie, en 1959, Nathanael a 28 ans, il intègre le Foreign Office, va tenter de découvrir pourquoi sa mère les a abandonnés, qui elle était vraiment et quels étaient les liens avec les gens qui les ont protégés durant son absence. Il va essayer de retrouver les personnages rencontrés pendant son adolescence, mais est-ce une bonne idée quand tant d'années ont passé ?
Ce livre m'a interpellé, j'ai avancé au fil des pages avec intérêt pour savoir quel en sera l'aboutissement et il y a des passages très forts (quand il tente en vain de remonter la trace de son père ou quand sa mère lui apprend des coups d'échecs), les questions que se posent les adolescents leur mère a-t-elle été une bonne mère ou pas puisqu'elle s'est enfuie sans laissé de traces ? Et le Papillon de Nuit et le Dard ce ne sont pas eux les bons tuteurs qui leur ont permis de d'explorer d'autres mondes ?

Extrait:
"De temps à autre, quelqu'un appelait le Papillon de nuit "Walter" mais Rachel et moi avions le sentiment que le surnom un peu vague que nous lui avions choisi lui convenait davantage.
Notre perception de lui changeait sans cesse. Nous protégeait-t'il vraiment ? Sans doute éprouvai-je le besoin d'une part de vérité et de sécurité, tel le garçon de six ans qui s'était réfugié chez lui, autrefois, pour échapper à un père dangereux.
Par exemple, selon quels critères le Papillon de nuit choisissait-il les personnes qui affluaient sous notre toit ? Tout en paraissant inconvenante, leur présence nous faisait exulter, Rachel et moi. Si notre mère nous avait téléphoné de l'endroit mystérieux où elle se trouvait, nous aurions probablement pris la précaution de lui mentir et dit que tout allait bien, sans mentionner que des inconnus avaient envahis la maison. Ces gens ne ressemblaient en rien à une famille normale, pas même à une famille de Robinson suisses. La maison avait désormais des airs de zoo nocturne, rempli de taupes, de choucas et de bêtes à la démarche traînante qui se révélaient être des joueurs d'échecs, un jardinier, un possible voleur de lévriers et une chanteuse d'opéra lymphatique."


M.C.Beaton: Agatha Raisin - tome 27 : les pissenlits par la racine
Ah ça fait du bien de retrouver Agatha dans ses aventures !  Cette fois-ci un meurtre est commis dans un village non loin de Carsely. C'est un grand propriétaire terrien Lord Bellington, qui veut transformer des jardins communautaires en lotissement, qui a été empoisonné. Ce qui ne plait pas à tout le monde. Le rejeton et héritier, Damian, engage Agatha pour retrouver le meurtrier. Un peu plus tard, Peta Currie est retrouvé enterrée dans une parcelle, puis c'est au tour de Mrs Bull, une véritable langue de vipère, d'être retrouvée à moitié assommée au fond d'un puits. Agatha va donc être sur plusieurs fronts à la fois. Heureusement un ancien inspecteur de Scotland Yard Gerald Devere va vouloir enquêter avec elle, mais hélas c'est un coureur de jupons invétéré. Elle embauche un jeune adonis, Jake, rencontré au cours d'une enquête, comme détective, mais qui ne vaut pas mieux. Elle ne peut donc compter que sur sa fidèle équipe Toni, Simon, Phil et Patrick et sur son ami Charles Fraith. 
Certes rien de bien transcendant mais une lecture récréative !

Extrait :
"Je voudrais recommencer à travailler. J'espérais que vous auriez besoin d'un détective supplémentaire.
Agatha faillit refuser, car elle lui gardait rancune d'avoir rendu Mrs Bloxby malheureuse. Mais son bon sens lui vint en aide. Suspect ou non, Gérald posséderait des informateurs dans la police mieux placés encore que ceux de Patrick.
-Passez au bureau demain matin à neuf heures pour signer les papiers. J'irais voir ensuite Jenny Coulter, l'ancienne maîtresse de Bellington, et vous pourrez m'accompagner.
-Merci beaucoup.
- Une dernière chose, lança Agatha, ses petits yeux d'ourse braqués sur ceux de Gérald. Plus question de conter fleurette à Mrs Bloxby et de lui tourner la tête."

Laurent Joffrin :  les enquêtes de Nicolas Le Foch -le mystère de l'armoire de fer-
Nous voici au début de l'été 1792. Paris est en plein tumulte : lutte entre courants révolutionnaires, soulèvement populaire du 20 juin 1792, la guerre qui semble inévitable, les monarchistes qui complotent, les massacres de septembre et le début de la Terreur. Pas facile pour Nicolas !
Le deuxième valet du roi est retrouvé mort. Qui l'a occis et pour quelles raisons ? Est-ce à cause de cette armoire de fer dissimulée dans le château des Tuileries et où Louis XVI y a enfermé des papiers compromettants pour lui mais aussi pour certains noms de la révolution comme Mirabeau ou Danton ? Fidèle au roi, les convictions de Nicolas vont néanmoins s'ébranler à la lecture de ces papiers, tout comme le monde dans lequel il a vécu jusqu'ici. Pour Nicolas il s'agit plus de déjouer un complot que d'une véritable enquête policière.
Encore une fois le récit est très bien documenté et axé sur les faits historiques. Avec la fin de la monarchie, il s'agit pour l'auteur de faire prendre le tournant de cette époque à ses personnages.

Extrait :
"Comme, il y avait beaucoup de papiers, plus de cinq cents, avait-il compté au jugé, le manège dura une bonne semaine, ce qui lui laissa le loisir de pénétrer par sa lecture nocturne les mystères du gouvernement royal.
De cette expérience, il sortit transformé. A la suite de la liasse Mirabeau, il trouva d'autres paquets de feuilles montrant que la couronne avait stipendié maints députés au moment des votes décisifs et qu'il y avait là de quoi faire tomber une fraction conséquente d l'Assemblée.[...] Méditant une nouvelle fois le sens de ces révélations, il n'en put tirer qu'une conclusion: le roi et la reine avaient mené à certains moments la politique du pire, favorisant la faction des exagérés pour mieux discréditer la Révolution, manoeuvre oblique et dangereuse, qui dénotait un cynisme politique dont il croyait Louis XVI fort peu capable. Ainsi voyait-il ses maîtres, en qui il plaçait une aveugle confiance, sous un angle plus noir, occupé à des intrigues tortueuses destinées à tromper le peuple et à miner le parti constitutionnel, qui était pourtant leur seule planche de salut."

Jean Christophe Portes : La disparue de Saint Maur
Tome 3 des enquêtes de Victor Dauterive.
Nous sommes entre la fin novembre et la fin décembre 1791. Victor est devenu sous-lieutenant de la Gendarmerie Nationale. En effet suite à la nouvelle loi du 16 février 1791 la Maréchaussée porte le nom de Gendarmerie Nationale.
A Paris depuis la fuite du roi, la période est troublée, les différents groupes politiques cherchent à s'emparer du pouvoir. Le Roi est relégué aux Tuileries et aux frontières les émigrés veulent tenter une intervention militaire. Les riches continuent à faire des affaires, les biens du clergé sont vendus et les religieux sont sommés de partir ou sont exécutés.
Victor est chargé d'enquêter sur la disparition d'Anne-Louise Ferrières. Lorsqu'il arrive à Saint Maur, au Mesnil, la résidence des Ferrières, il n'est pas le bienvenu. L'enquête s'annonce difficile car dans la famille on souhaiterait ne pas ébruiter l'affaire.
Parallèlement Lafayette, son protecteur et candidat à la Mairie de Paris, l'envoie à Londres pour trouver des preuves sur un complot ou sur des affaires louches que pourrait mener Pétion son concurrent à la mairie de Paris. 
Victor est bien obligé de mettre de côté l'affaire St Maur. C'est son amie, Olympe de Gouges, femme de lettres et féministe qui décidera de continuer l'enquête, malgré qu'elle ne soit pas "revêtue de l'autorité de la loi "comme lui a fait remarquer Victor.
Mais le voyage à Londres va s'avérer dangereux, entre les espions, la police, les trahisons, Victor ira faire un séjour dans un cachot. Il finira par revenir à Paris mais Joseph son petit domestique a disparu.
Pour Victor cette nouvelle enquête va lui premettre de reconsidérer son attachement à La Fayette et ses responsabilités vis à vis de Joseph.

A la fin du livre l'auteur nous indique ce qui est réel et ce qui est inventé et nous cite quelques-une de ses sources.
C'est une série que j'aime bien et où j'ai fini par m'attacher au personnage de Victor.

Extrait : 
" Comme souvent, le club des Jacobins, rue Saint-Honoré, était bondé. Les derniers arrivés se hâtaient de traverser la grande cour, vers l'église où se réunissait l'assemblée. A leur passage, deux torches projetaient sur le fronton leurs ombres immenses, dans un air glacial qui embaumait la résine.
Bien que sociétaire depuis l'été précédent (pour cela, il fallait être un homme, parrainé par cinq autres membres, et s'acquitter d'un copieux droit d'accès - note de l'auteur :24 livres soit un mois de salaire pour un ouvrier -), Dauterive ne fréquentait plus guère cette société, la plus puissante du royaume, passant beaucoup plus de temps à l'atelier de David qu'à discuter politique. Il est vrai que ces dernières enquêtes l'avaient singulièrement refroidi. Des hommes comme Mirabeau ou Danton vivaient dans un luxe très éloigné du commun des citoyens. Corrompus par les puissants qu'ils prétendaient combattre, ils ne parlaient fort que pour être mieux payés. Dénoncer ces tartufes ne servirait à rien : à force de flatter le peuple, ils en étaient devenus ses idoles, ils étaient intouchables.
Victor ne les jugeait pas tous à cette aune, mais il se méfiait : même Pétion le Vertueux, l'ami de Robespierre (ce qui plaidait plutôt e sa faveur), pouvait porter un masque."

Patricia Wentworth : Le joyau de l'Annam
C'est la première fois que je lis un livre de cet auteur. J'ai apprécié et j'ai passé un bon moment de lecture. Ce roman se situe au début du XXème siècle. Peter a 12 ans et ses parents sont morts. Sa famille se réunit pour savoir qui va s'occuper de lui. Il n'y a pas beaucoup de volontaires ! Il a une soeur Rose Ellen que la mère de Peter avait recueilli. Pour elle son sort sera vite scellé, ce sera l'orphelinat. Pour Peter ce sera la pension et pendant les vacances scolaires, son temps sera partagé entre les différents membres de la famille. Un seul oncle trouve grâce à ses yeux Miles Banham, désargenté mais au grand coeur. Une grande question taraude les membres de la famille :"ta mère t'a-t-elle parlé du joyau de l'Annam ?" Il répond qu'"elle lui a seulement dit qu'il aurait ce joyau quand il aurait 25 ans". Ce joyau est une pierre extraordinaire et quiconque le possède sera extrêmement riche. Il n'est pas le seul à convoiter ce joyau et Peter va devoir affronter des personnages dangereux et prêts à tout pour récupérer la pierre. Et il apprendra vite que quiconque a possédé la pierre a subi un sort malheureux.
 
Extrait:

"L'histoire commence avec ton oncle James." Il toussota, jeta un regard indéfinissable à Matthew et Emily, puis se retourna vers Peter. "Il était… ce qu’on appellerait farouche. Un peu comme moi, à vrai dire… Il n’a pas passé ses examens, ne s’est pas lancé dans un métier, n’écrivait pas régulièrement à la maison… bref, ce genre de choses. Il y a douze ans, ton oncle James était en Annam – ne me demande pas comment il est arrivé là-bas ou ce qu’il y faisait, parce que moins on en dit mieux ça vaut ! Toujours est-il qu’il était là-bas et qu’il y est resté plusieurs semaines. On en est sûr, tout comme on sait, ou plutôt, devrais-je dire, on croit, que, pendant qu’il était là-bas, il est entré en possession d’une pierre extraordinaire, connue sous le nom de joyau de l’Annam. On n’en a pas la certitude absolue, cependant. Nous ne savons même pas s’il est vrai qu’une telle pierre existe ou a existé. J’ai eu vent de rumeurs à ce sujet pendant vingt ans, et j’ai connu des vieux à qui on avait raconté les mêmes histoires dans leur jeunesse, mais je n’ai jamais rencontré personne qui avait vu le joyau. »
Peter avait lâché le ruban rose. Ses yeux très enfoncés fixaient le visage de Miles Banham, sa main crasseuse posée sur le genou de ce dernier.
" C'est quoi le joyau ? demanda-t-il.
-Personne ne le sait ! répondit vivement son oncle de son ton posé. Personne ne le sait pour la bonne raison que personne ne l'a vu, comme je l'ai dit. On l'appelle le joyau de l'Annam. Annam signifie voie cachée, un joyau caché, conservé dans un endroit secret."

Julia Chapman : les détectives du Yorkshire T6 : Rendez-vous avec la ruse
Delilah a de quoi s'occuper avec son agence de rencontres, l'Agence de Rencontre des Vallons, depuis que Clives Knowles, fermier de son état, lui a fait une sacrée publicité lorsqu'il a trouvé l'âme soeur grâce à elle. Même la femme de ménage Ida est embauchée pour répondre au téléphone ! Quant à Samson, dans son Agence de Recherche des Vallons, il attend une vraie enquête, plutôt que de rechercher les chats ou chiens égarés. 
C'est Nancy Taylor, la femme du maire de Bruncliffe qui va lui en donner l'occasion. Elle soupçonne son mari d'infidélité suite à son comportement bizarre. Celui-ci en plus d'être maire est un des agents immobiliers de Bruncliffe . 
Bien que Samson ne souhaite pas que Delilah s'investisse dans cette enquête, celle-ci va finir par s'imposer lors d'une partie de chasse organisée par le promoteur Rick Procter pour de riches clients et où Bernard Taylor est présent.
J'ai retrouvé avec plaisir les protagonistes de l'histoire, Samson, Delilah, le chien Calimero, Ida Capstick, les résidents de la maison de retraite qui adorent jouer les enquêteurs, Lucy toujours là avec ses gâteaux réconfortants et le thé qui coule toujours à flots dans cette histoire.

Extrait :
"-Qu'est ce qui se passe, mon grand ? Et comment peut-on t'aider ?
On. Samson nota l'emploi du pronom personnel avec l'impression que son coeur lui tombait dans les chaussettes. Arty lui offrait l'ingérence bien intentionnée de sa bande de potes de la maison de retraite de Fellside Court, dont l'un se trouvait précisément être son père. C'était la dernière chose dont il avait besoin dans cette affaire qui le touchait de si près. Et tellement sensible en termes de politique locale.
-Sérieusement, continua Arty, pas découragé par le manque d'enthousiasme de Samson face à sa proposition, tu ne peux pas faire ça tout seul. Taylor te connaît. Il sait qui tu es. Je ne sais pas pourquoi tu l'espionnes, mais s'il repère que tu le files, il te glissera entre les mains. Tu as besoin d'aide. Et justement, on peut te l'offrir, Joseph, Eric, les filles et moi. Personne ne nous soupçonnera jamais. On pourrait s'installer pour la journée à la Pâtisserie des Monts, et siroter des cafés en tenant cet endroit à l'oeil sans que personne se pose de questions. Et puis ça offrirait peut-être un autre sujet de conversation à Clarissa qui ne parle plus que de son nouveau soupirant."

BD : Astérix en Lusitanie
Je n'ai pas pu résister à la tentation de retrouver nos deux gaulois "le petit anxieux et le gros nonchalant".
Voilà qu'un Lusitanien du nom de Boulquiès débarque du bateau d'Epidemaïs pour demander l'attençao d'Abraracourcix. Il vient requérir l'aide des gaulois et de leur poçao magique car  Mavubès, un producteur de garum, a été fait prisonnier par le gouverneur Pluvalus.Il a été accusé d'avoir tenté d'empoisonner César avec son garum.  Astérix et Obélix n'hésitent pas un instant pour tirer Mavubès de ce mauvais pas et filent en Lusitanie. Bien sûr Obélix va ronchonner car la morue ce n'est pas son truc, mais il ne rechigne pas sur le vinho verde que lui sert la belle Gama dans son auberge le vase clos !
Attençao ! une nouveauté : La  vigie du bateau parle en prononçant les "r" maintenant !

BD : Sourire 58 de Patrick Weber 'scénario) et Baudouin Deville (dessins)
Le sourire 58 c'est le sourire que devaient arborer les hôtesses de l'exposition universelle de Bruxelles, qui s'est tenue du 17 avril au 19 octobre 1958, en plus de la discipline, du tricorne et de l'uniforme garance : les hôtesses auront été les premières à être des hôtesses au sol. Il fallait montrer une "Belgique joyeuse" L'expo a été la première exposition internationale qui s'est tenue après la seconde guerre mondiale. L'Atomium est la star de l'expo, des pavillons immenses comme ceux de l'URSS et des USA, un village congolais reconstitué comptent parmi les attractions les  plus courues. C'est aussi le dessert 58 créé par Cote d'Or, le bar le Britannia et autres cafés du village et bien sûr la bière belge coule à flots.
Parmi les 3000 candidates qui seront sélectionnés figure Kathleen Overstraeten qui se retrouvera vite au coeur d'une affaire d'espionnage où se trouvent engagées les grandes puissances en pleine guerre froide et qui menacent le bon déroulement de l'exposition universelle.
A la fin un petit dossier avec des photographies d'époque permet de se plonger dans l'univers de l'Expo.
J'ai assez bien aimé le graphisme qui colle bien à l'époque. 
Je vais sans doute suivre d'autres aventures de Kathleen.


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