Une nouvelle série avec quelques auteurs nouveaux pour moi : Almudena Grandès un livre sur la guerre d' Espagne (1er tome de la série Episodes d'une guerre interminable), Arttu Tuominen sur un épisode historique de la 2nde guerre mondiale en Finlande, Caryl Ferey un voyage en Afrique avec les trafiquants d'animaux et ceux qui essaient de les combattre et Samira El Ayachi qui raconte la vie d'Hannah fille d'immigré marocain, mineur de fond dans le Nord de la France. Et puis les autres que vous découvrirez et à qui je voue une confiance sans limite car je sais pertinemment qu'ils m'apporteront le plaisir de lire !
Tracy Chevalier : la brodeuse de Winchester
J'ai beaucoup aimé la jeune fille à la perle du même auteur, lu il y a quelques années déjà.
Alors je n'ai pas hésité à choisir ce livre et je n'ai pas été déçue.
L'histoire débute en 1932. La menace nazie commence à planer sur l'Europe.
Violet Speedwell est une dactylo de 38 ans. Elle fait partie des 2 millions de "femmes excédentaires, femmes qui n'auront pas la possibilité de se marier a près l'hécatombe de la 1ere guerre mondiale et elle a quitté la maison familiale de Southampton où elle habitait avec une mère insupportable et aigrie. Les années de guerre ont été marquées par les deuils pour les deux femmes : père, frère, fiancé. Elle loue une chambre chez Mme Harvey et a trouvé un travail pas très bien payé dans une compagnie d'assurances.
En visitant la cathédrale de Winchester, elle assiste à la Présentation des Broderies organisée par le cercle des brodeuses de la cathédrale. Ce cercle des brodeuses est dirigé par Louisa Pesel, qui a réellement existé. Violet réussit à se faire admettre dans le cercle, et ses séances de broderie illuminent son quotidien. Elle rencontre Arthur, le sonneur de cloches de la cathédrale. Ce livre évoque aussi le regard hostile porté sur l'homosexualité féminine à cette époque.
Encore une belle découverte !
Extrait :
"Tout à coup les cloches reprirent leur gamme descendante. "En l'air !" cria quelqu'un, puis chaque cloche retentit encore deux fois avant de se taire. Le charme fut rompu et les hommes se détendirent, échangeant signes de tête et murmures. A ce moment-là, Arthur la repéra, et hocha la tête de façon presque imperceptible. Elle opina en retour, moins discrètement, car une des femmes cessa de trier ses livres de prières et dévisagea Violet comme on n'ose le faire que dans les petits villages. [...] Violet avait souvent entendu des concerts de cloches, sans les écouter véritablement. Elle n'arrivait pas à distinguer de motif mélodique : chaque cloche avait beau retentir avec clarté, les sons semblaient se chevaucher sans ordre particulier. Ils étaient pourtant précis et n'avaient rien de chaotique. C'était comme d'écouter des gens parler allemand et avoir conscience que cette langue possédait une grammaire et une structure, un rythme et une logique, même si on ne comprenait pas le sens des phrases."
Almudena Grandes : Inès et la joie
Ce livre est l'un des premiers tome de la série Episodes d'une guerre interminable. Série qui est une grande fresque de la résistance durant la période du gouvernement de Franco.
L'autrice nous raconte un épisode de la guerre d'Espagne, l'invasion du Val d'Aran, à travers l'histoire d'Inès et de Galan, ainsi que celle du parti communiste espagnol et de sa répression par le franquisme.
En octobre 1944, un groupe d'exilés espagnols décide de reconquérir l'Espagne. Inès qui a connu les geôles de Franco entend à la radio "Radio Espagne Indépendante" que des troupes du Parti communiste espagnol basées à Toulouse vont envahir l'Espagne. Son frère, pro Franco, l'a cloitrée à son retour de prison dans un couvent puis ensuite dans la maison de famille. Elle s'échappe et rejoint les troupes à Bosost. Elle y rencontrera Galan l'amour de sa vie. L'opération du Val d'Aran échouera et nous suivrons leur histoire et celle des survivants d'octobre 44 à avril 77 date à laquelle Franco meurt.
Et Ines son truc à elle c'est la cuisine, dans les moments de détresse comme dans les moments de joie. C'est sa façon à elle d'apporter du réconfort à ses compatriotes exilés.
Almudena Grandes traduit leurs joies, leurs peines, leurs désillusions, leurs questions et les personnages sont très attachants, humains.
"Quelle espèce de pays de merde est devenue l'Espagne ? Ces gars qui sont partis en courant étaient des nôtres, tu entends ? C'étaient les mêmes qui, cinq ans auparavant, se seraient fait tuer sur un ordre venant de toi, sur ordre venant de moi... A présent, ils préfèrent se retrouver dans les geôles de Franco que lutter à nos côtés."
Elle nous montre un épisode qui d'après elle est "peu analysée par les historiens" en menant en parallèle l'histoire du Pati communiste Espagnol et l'histoire de ce groupe.
J'ai été néanmoins été déroutée par les références historiques et par les nombreux personnages mais malgré les 700 pages j'ai tenu bon car j'ai été emportée par ces réfugiés espagnols leur fraternité, leurs amitiés et les liens forts qui les unissent.
Extrait :
"Franco ne veut pas entendre à nouveau parler, de toute sa vie, de cette frayeur qui a révélé une des plus tenaces faiblesses de son régime. Car ni à ce moment, ni par la suite, il ne parviendra jamais à éviter que les Pyrénées ne soient une passoire, une frontière aussi symbolique que la grille d'un jardin que les communistes franchissent et refranchissent, dans un sens et dans l'autre, comme ils veulent et quand ils veulent.
La direction du parti communiste espagnol, pour des raisons aussi évidentes, s'évertue à passer sous silence l'épisode du Val d'Aran, à taire les circonstances de l'ascension de Monzõn, les causes qui l'ont rendue possible, ses démarches à la tête du Parti, en France et en Espagne, ainsi que l'action des membres du bureau politique, avant, pendant et après l'invasion. Et personne n'a su gérer le silence avec autant de maestria.
Les Alliés eux aussi se gardent bien de faire figurer l'invasion dans leurs récits de la dernière étape de la Seconde Guerre mondiale, et encore plus dans les chroniques de leurs -en théorie- épineuses relations avec le régime de Madrid et son si désagréable dictateur fasciste que tous s'entendent à maintenir au pouvoir en ce mois d'octobre 1944."
Arttu Tuominen: Tous les silences
Voilà un bon polar qui m'a tenu accrochée jusqu'à la dernière page !
Il alterne entre deux époques. La seconde guerre mondiale et notre époque.
Le roman débute en Ukraine en 1941 où deux SS épargnent une jeune femme et son bébé.
Puis nous nous retrouvons en 2019 où Albert, un nonagénaire coule des jours paisibles dans un EPAHD finlandais.
Un homme sans histoire ? il est pourtant enlevé, battu et laissé pour mort. Son histoire justement, cette histoire qu'il a tue va se révélée lors de l'enquête policière menée par un trio de policiers Henri Oksman, Linda Toivonen et Jari Paloviita.
Peu de temps après, un autre homme nonagénaire et handicapé est tué à son tour. Les deux affaires sont-elles liées ? C'est la découverte d'un uniforme SS dans les placards de cet homme qui conduira le trio à s'interroger sur le passé des deux hommes.
Ces hommes partis combattre Staline se retrouveront à commettre les pires exactions et ce passé qu'ils ont tus se révèlera. L'auteur aborde les thèmes du pardon, de la vengeance, de l'oubli, mais aussi du silence de l'Etat, face à la haine, le racisme, l'antisémitisme, l'homophobie.
En quelques mots : La Finlande a combattu au côté de l'Allemagne contre leur ennemi commun l'Union Soviétique. C'est pour les Finlandais la guerre de Continuation -25 juin 1941-19 septembre 1944- qui succéda à la guerre d'Hiver qui opposa les Finlandais à l'Union Soviétique entre le 30 novembre 1939 et le 13 mars 1940).
Cette guerre de Continuation correspond à l'opération Barbarossa allemande. Des soldats finlandais ont intégré la Waffen SS: la division SS Wiking.
Extrait:
"Les ombres sont ici, songea Albert. Les ombres au milieu des arbres, qui l’avaient suivi à travers les âges de sa vie. Quand il faisait ses courses, quand il allait travailler, ces ombres qui dormaient près de lui. Elles qui avaient pris place parmi les invités sur les bancs de l’église le jour où Hilkka et lui s’étaient mariés. Elles qui s’étaient tenues derrière lui quand il avait pris ses filles pour la première fois dans ses bras, qu’il les embrassait et les bordait dans leur lit.
Les ombres étaient toujours là, toujours présentes, et s’étaient désormais faites chair.
Albert songea qu’il avait passé toute sa vie à fuir, mais en ayant toujours su que, tôt ou tard, les ombres le rattraperaient. Il avait vécu si longtemps. Voici qu’elles étaient ici, et il était trop faible pour se cacher ou se défendre.
Elles se ruaient à l’attaque, sortaient d’entre les arbres où elles avaient passé toutes ces décennies à attendre.
Ces cris muets."
Alessandro Robecchi: le tueur au caillou
J'ai retrouvé avec plaisir les rues de Milan et la plume d'Alessandro Robecchi.
Deux négociants très riches sont tués dans le centre de Milan à quelques jours d'intervalle. Un caillou est posé sur leur corps.
Les inspecteurs de police de Milan sont déssaisis de l'affaire rapidement, car tout de suite l'affaire est reliée au terrorisme.
Mais Grégori, le sous-préfet, demande à ses policiers d'enquêter en parallèle dans la plus grande discrétion. Le chef Carella, le brigadier Ghezzi et le sous brigadier Selvi et le gardien de la paix Sannuci décident de poursuivre leurs investigations depuis l'appartement de Ghezzi, choyés par les bons plats de Mme Rosa Ghezzi. Ils remontent dans le passé de nos deux trucidés et à des faits ayant eu lieu dans les annéees 80-81 alors qu'ils étaient étudiants.
Quant Carlo Montessori, créateur de l'émission de TV Crazy Love, animée par Flora de Pisis une ambitieuse qui ne rêve que d'audience, enquête sur le vol d'une bague il apprend qu'un homme mort en prison connaissait les deux hommes.
Puis un troisième cadavre est découvert du nom de Campana et qui lui aussi a un caillou sur les genoux. Or rien ne lie ce troisième cadavre aux deux autres.
Mais Ghezzi au vu de quelques indices, s'infiltre dans un quartier pauvre, la Caserne, bâtiments HLM délabrés situés autour de la piazzale Selinunte. Dans ce quartier se déroulent des trafics en tout genre, et notamment la "location" illégale d'appartements, moyennant bakchisch, contrôlée par les mafias calabraises, africaines et libanaises. C'est dans ce contexte qu'essaie aussi de survivre Francesco et sa compagne Chiara membres de l'ALER un collectif d'étudiants, Mme Antonia et bien d'autres.
Montessori dépeint les fractures sociales de Milan: disparités économiques, préjugés ethniques, corruption, médias surnommés par Montessori la Grande Usine à Merde. Tout ça avec humour et gravité.
Extrait :
" Il y a un soleil constipé dehors, mais il fait chaud pour la mi-mars. Ghezzi touche le mur exposé sud, ciment, pas d'enduit à l'extérieur, de la peinture bas de gamme toute crevassée à l'intérieur : il doit faire une température dantesque là-dedans. Déjà là, l'air est lourd, mais en juillet ça doit être vraiment l'enfer. Dans ce trou de quelques mètres, ce qu'il y a de mieux, c'est la fenêtre, large, d'où l'on voit bien la cour, un peu comme au cinéma. Les chiottes sont dans une pièce d'un mètre sur deux avec la cuvette, un lavabo, une de ces baignoires sabots, pleine de poussière et d'insectes morts.
Puis arrivent les deux garçons de tout à l'heure et ils mettent un verrou à la porte, lui donnent une clé. Avec eux se trouve Salvator, le petit Calabrais, qui est debout près d'un mur, attentif à ne pas s'appuyer.
"Règles de la maison", dit-il.
Ghezzi se tait, alors l'autre continue.
"Pas d'emmerdes, pas de colocataires. Il y a la bouilloire électrique, mais je ne parierais pas qu'elle fonctionne, on peut te raccorder au gaz, mais la chaudière c'est toi qui la paies, même si pour quelques mois ça ne vaut pas le coup, et puis c'est bientôt l'été."
Ensuite il actionne l'interrupteur de la lumière et l'ampoule qui pend du plafond s'allume.
"Il y a l'électricité, tu as de la chance... tu as rendu quel service au type tout à l'heure? Il n' a pas l'air de quelqu'un qui ait besoin de tes services.
-Je ne peux pas en parler, dit Ghezzi.
-Tous ces mystères, ça ne me plaît pas trop, hein!
-J'ai vu quelque chose, mais j'ai dit que je ne l'avais pas vu."
Le Calabrais rit et s'en va sans saluer."
Léo Malet : Corrida aux Champs-Elysées
Nestor Burma est au chômage. En effet l'actrice Grace Stanford dont il était le garde du corps vient de repartir à Hollywood et comme sa chambre à l'hôtel Cosmopolitan sur les Champs Elysées est payé jusqu'à la fin du mois, il s'octroie quelques vacances.
Il en profite pour aller au cinéma et boire quelques verres en compagnie de Marc Cover son copain journaliste.
Mais Lucie Ponceau, une actrice qui venait de faire un retour réussi au cinéma est retrouvée morte dans sa chambre ayant ingurgité une grande quantité d'opium. Monique une jeune starlette qui avait trouvé refuge dans le lit de Nestor est retrouvée morte dans la voiture de Nestor et un jeune journaliste Jules Rabastens un copain à Nestor est retrouvé trucidé chez lui. Il y a là de quoi agacer le commissaire Florimond Faroux !
De rebondissements en castagnes c'est toujours un vrai plaisir de retrouver ce cher Nestor et de flâner avec lui dans les rues du Paris des années 50!
Extrait:
"L'air gêné de la pipelette m'avait fait subodorer un drôle de turbin. Et lorsque dans l'escalier, j'avais rencontré un sbire de Faroux, puis quelques marches plus haut, le commissaire lui-même...
-Le huitième, dit-il, c'était un arrondissement plutôt tranquille, avant que vous ne décidiez d'y demeurer. Je me demande si cette artiste dont vous avez été le garde du corps est bien partie en Amérique. En cherchant bien, on trouverait peut-être son cadavre, dans un coin.
- Ne débloquez pas.
- Je ne débloque pas. En admettant qu'essayer de vous demander quelque chose ne soit pas, déjà, débloquer, et plutôt fortement. Car je voulais vous voir. Puisque vous êtes là, ça va simplifier mon boulot. Vous étiez un copain de Rabastens ? Nous avons trouvé ça dans ses archives...
Et il m'avait tendu la photo prise par Fred Freddy, de Radar, au Caméra-Club.
-Marc Cover, vous et Rabastens, n'est-ce pas ?
-Exact.
-Vous étiez un de ces copains ?
-Je l'ai vu deux ou trois fois.
-Et vous veniez le revoir ?
-Oui.
-A quel sujet ?
-Je voulais qu'il me présente à quelques pin-up. Je m'intéresse aux pin-up. Ce doit être l'âge.
-Bon Dieu! Si vous pouviez ne pas vous intéresser à autre chose. Alors, vous ne l'avez vu que deux ou trois fois?
-Oui...
J'avais expliqué en quelles circonstances.
-Vous voulez le revoir une quatrième ?
Et il m'avait mis en présence du cadavre."
Léo Malet : Pas de bavard à la Muette
Nous sommes dans les beaux quartiers parisiens, 16ème arrondissement quartier de la Muette situé entre le Trocadéro et la rue Ranelagh et incluant une partie du Bois de Boulogne.
C'est peu dire que Nestor n'est pas habitué à ces gens de la haute !
Mme Ailot "la cinquantaine mais pas plus de rides que le siècle de la chirurgie esthétique ne le permet" a fait appel à Burma car Célestin son chauffeur est parti en lui emportant ses bijoux. Elle charge donc Nestor de retrouver sa quincaillerie mais bien sûr sans provoquer de scandale d'autant plus que pendant la guerre sa conduite n'a pas été irréprochable, que ce Célestin était son amant et savait beaucoup de choses sur son passé.
Pour mener son enquête Nestor s'installe dans le même hôtel que le chauffeur. ll fera connaissance de Marie-Chantal, nièce de Mme Ailot, type sainte Nitouche, mais pas tant que ça. Et bien sûr, il butera sur des cadavres, dont celui de Célestin qui s'appelle en fait Yves Benech. "Pendant longtemps, larbins et bonniches ont partagé avec les pensionnaires de maisons closes le douteux privilège de changer de prénom au gré du désir de leurs patrons, ceux-ci ne tenant pas à s'encombrer outre mesure la mémoire et faisait porter le même prénom à des serviteurs successifs."
Il se prendra quand même quelques gnons et assisté de sa fidèle secrétaire Hélène et de Zavater finira par découvrir le pot aux roses.
Extrait:
"Six heures venaient de sonner. Dix-huit heures, en dialecte d’horloge parlante. Apéro, en langage civilisé. Je m'en fus me taper un Cinzano là où je comptais tomber sur un autre zèbre : le gros chauve du bistrot de la Chaussée de la Muette ; le tenancier du bureau de placement et syndicat résolument apolitique. Le début de piste dont j'avais parlé à Mme Ailot, c'était le gros chauve. Malheureusement - soit qu'il fût en fuite, soit tout autre motif -, je ne trouvai pas le gros chauve au bistrot et les rencarts que le loufiat me fournit sur lui n'auraient pas débordé du soutien-gorge de Gina Lollobrigida. Fichtre non. J'appris seulement qu'il s'appelait René. Mr René. Ca ou rien, c'était du kif. Bon. On reviendrait. Après le gros chauve, à nous les femmes nues ! J'aurais peut-être plus de succès auprès d'une femme nue. Je le souhaitais. J'aimais mieux avoir plus de succès auprès d'une femme nue qu'auprès d'un gros chauve. Je suis encore vieux jeu, moi, sous certains rapports.
Par l'avenue Mozart, je m'acheminai vers la rue Jasmin, au nom si joli. Trouver de quelle maison de cette rue était tombée, la semaine précédente, une femme entièrement dévêtue et le nom de cette femme fut facile. J'avais beau dire, ce n'est quand même pas tous les jours qu'on découvre une femme nue, même rue Jasmin."
Caryl Férey : OkavangoOkavango le troisième cours d'eau d'Afrique australe d'environ 1600 à 1800 km de long, il s'achève par le delta de l'Okavango dans le désert du Kalahari. Il traverse l'Angola, la Namibie et le Bostwana.
C'est donc là que se situe le roman au centre des réserves d'animaux sauvages et plus particulièrement celle de Wild Bunch (sans doute en hommage au film la Horde sauvage de Sam Peckinpah). Réserve dirigée par John Latham, aidé par N/Kon, homme solitaire et insaisissable, misanthrope du genre caméléon et dont le passé n'est pas très clair.
Face à lui Solanah Betwase, grade de lieutenante et ranger à la KaZa (Zone transfontalière Kavango-Zambèse) qui côtoie plutôt des cadavres d'animaux mutilés plutot que de cadavres humains. Un jeune homme est retrouvé mort dans la réserve de Wild Bunch. Solanah aidé de Seth va mener l'enquête qui ne sera pas simple car le jeune homme travaillait pour des braconniers et par n'importe lequel : le Scorpion, un braconnier international qui dispose de gros moyens et d'un réseau de gros commanditaires notamment asiatiques.
Je me suis laissée embarquée par ce formidable roman dans les terres de l'Afrique Australe.
J'ai bien aimé les personnages féminins: Solanah qui se bat non seulement pour sauver les animaux mais aussi pour son autonomie et Priti une femme lumineuse.
Roman policier certes mais sa force est d'être aussi un roman d'amour entre des êtres humains, envers les animaux et la nature et à la fois un message qui dénonce l'homme en tant que prédateur et ces crimes impunis, ces trafiquants intouchables qui continuent leur triste besogne pendant que des espèces se meurent.
Extrait:
"Les chasses aveugles du XIXème siècle avaient lancé la ruée vers l'Afrique et les premières tueries de masse -douze mille éléphants massacrés pour la seule année 1887-. Maharadjahs, émirs, rois et prince fortunés, industriels en manque de sensations fortes, chasseurs de trophée ou d'ivoire, les caravanes partaient dans la brousse ou les forêts africaines pour des semaines de traque, des centaines de porteurs et serviteurs embarquant argenterie, vaisselle, toilettes, lits à baldaquin et mobilier divers. Les cours des rois et les premières agences de tourisme se succédaient à la suite de ces gens bien nés qui trouvaient exotique la mise à mort d'animaux alors à peine craintifs, puis l'hécatombe se démocratisa. Récits de peur bleue face à la charge d'un lion, de maladies attrapées là-bas, de nègres qui parfois se rebellaient et créaient des sociétés secrètes, comme ces aimables Mau-Mau devenus la nuit coupeurs de têtes et attaquant les fermes des Blancs à la machette ; l'Afrique était le terrain de chasse de l'Europe et de l'Amérique. Enfin le gibier devenu rare et fuyant à force de massacres, on avait décidé, au milieu du XXe siècle, de parquer la faune rescapée, créant ainsi les premières réserves animalières.
De l'or à sang chaud pour les mafias du braconnage, qui aujourd'hui en avaient fait le quatrième commerce illégal au monde."
C'est la vie de Gertrude Bell (1828-1926) qui nous est racontée dans ce livre. Vous ne la connaissez pas ? Moi non plus à vrai dire, je n'en avais jamais entendu parler. C'est bien ce qui m'a décidé à emprunter de livre. On lui connait mieux Lawrence d'Arabie qui est un de ses fidèles amis. Depuis son adolescence, elle rêve de voyages et d'actions. Il faut dire qu'elle est bien née. Fille de Hugh Bell très riche propriétaire d'une grande fonderie au Royaume Uni, elle est née avec une cuillère d'argent dans la bouche. Elle suit des études supérieures et voyage beaucoup notamment au Moyen Orient. Elle sera tour à tour alpiniste, archéologue, infirmière, espionne.
Une femme libre mais très conservatrice, (elle sera contre le vote des femmes) très pudique du fait de la morale victorienne de l'époque. Malgré tout elle est amoureuse de la culture orientale et le Moyen Orient est là où elle se sent bien, sa véritable patrie. A partir de 1916, elle va servir la Couronne britannique. Elle est envoyée à Bassorah mais est très mal perçue par sa hiérarchie. Pendant la première guerre mondiale, les Anglais, Français et les Américains manigancent tous pour grapiller des terres et veulent tous étendre leur influence au Moyen Orient, surtout que le pétrole de ce qui sera l'Irak est très convoité. D'autant plus que les Indes étant dans l'empire britannique, les Anglais voulaient étendre leur suprématie dans ce coin du monde. Gertrude Bell finira par avoir l'oreille de Churchill, de Percy Cox (officier britannique) établira les frontières de l'Irak fera de Fayçal 1er le roi d'Irak et sera sa conseillère.
Elle a fondé le musée archéologique de Bagdad en 1922.
J'ai trouvé ce livre intéressant notamment sur les relations diplomatiques au Moyen Orient pendant et après la première guerre mondiale. On voit encore les traces aujourd'hui dans cette région du monde qui est toujours sous tension.
J'ai moins aimé le personnage de Gertrude, il ne m'est pas attachant (et pourtant il aurait dû : une femme archéologue, exploratrice, libre). Le fait aussi d'alterner les chapitres sur sa vie antérieure avec ceux où elle se trouve au Moyen Orient, il y a peut-être une résonnance, mais le principe ne m'a pas convaincue dans ce livre. En général ce procédé est bien à la mode chez les écrivains aujourd'hui, mais là j'ai failli abandonner!!!
Extrait:
"Les meilleures armes sont la parole, le tact ; une patience infinie. C'est pourquoi Miss Bell va rester en Mésopotamie. Il a été question de la renvoyer au Caire mais ses connaissances ethnographiques, linguistiques et le réseau de relations qu'elle a tissé au cours de ses campagnes archéologiques sont inestimables. Elle est titularisée, obtient un bureau et touche son premier salaire, trois cents roupies. Le major Gertrude Bell est la première officier politique de l'armée des Indes.
Le ventilateur électrique bourdonne, Miss Bell travaille. Elle sonde l'âme des indigènes. Elle court de campement en campement. Elle assiste aux interrogatoires des prisonniers et des espions, extirpe des renseignements, sélectionne informateurs et interprètes puis rectifie les cartes, ajoutant de nouveaux emplacements, des puits, des campements, des voies de passage et des lieux d'approvisionnement, qui seront précieux à l'état-major. Elle écrit des rapports qu'elle envoie à Delhi, au Caire et Londres. Elle demande aux réfugiés de Bagdad comment les Ottomans défendent la ville et s'ils sont populaires. Elle se heurte à des difficultés : les tribus hésitent à s'engager aux côtés des Britanniques, faute de connaître leurs desseins. Personne ne le sait, différentes options sont sur la table, Londres, Delhi, et Le Caire divergent toujours et c'est prématuré, la guerre se poursuit en Occident, le front est paralysé, l'Irlande en état d'insurrection depuis Pâques, alors à Bassora, on se contente de préparer la revanche, c'est déjà ça."
J'ai repris la série du commissaire Soneri en attaquant ce nouveau volume. L'action se situe à Parme, avec toujours ce brouillard qui est un thème récurrent chez Varesi. Le commissaire, va devoir résoudre une enquête alors qu'il est tourmenté lui-même dans sa vie personnelle.
En effet, appelé sur un accident sur l'autoroute, parce qu'il est le seul à connaître la plaine du Pô pour ne pas se perdre dans le brouillard, il va découvrir le corps carbonisé d'une femme. Ses pas vont le conduire à enquêter auprès d'un campement de Roms tout près de l'autoroute. Un vieil homme est retrouvé décédé dans un car en provenance de Roumanie avec deux photos de jeunes filles. L'identité du corps carbonisé est celui de Nina Iliescu, une immigrante roumaine, aux multiples amants qui rêvait de se marier, de fonder une famille et d'échapper à son clan. Soneri comme toujours prend son temps en fumant un toscano, écoute, cherche une piste ou espère t'il sur les conseils de son ami Sbarazza, un marquis dans la débine mais philosophe, plutôt la bonne carte qui voudra bien sortir du paquet.
Il la trouvera non sans avoir remué quelques affaires plutôt sordides.
Varesi fait de son commissaire un homme attachant. Un homme sensible, humain, nostalgique de ses valeurs rurales et pas trop enclin à "être de son temps". L'auteur en fait un observateur de la vie italienne du point de vue social et politique au gré des rues de Parme.
J'aime bien chez Varesi le personnage de Soneri, l'atmosphère de ses livres et sa plume.
Extrait :
"Parme était sous un brouillard ouaté. On ne distinguait même plus la géométrie des tours des Paolotti, ni celle des campaniles de San Giovanni et du Duomo. Une soirée d’autres temps, d’avant que les saisons ne se ressemblent toutes. Lorsque la ville s’enveloppe d’une coquille de vapeur et retrouve soudainement toute son intimité. Que son excitation, ses grondements, sa frénésie s’apaisent. Sous son épais brouillard, Parme arrêtait de crier. Elle susurrait comme les vieilles à l’église.
En marchant dans les rues, Soneri sentit monter une nostalgie réconfortante. Son pas battait au rythme du refrain des souvenirs : l’université, son impatience de retourner via Saffi, Ada, perdue trop tôt… Il s’arrêta piazzale della Pace, sans toujours entrevoir l’austère silhouette de la Pilotta, ni les immeubles de la via Garibaldi. On ne voyait que du brouillard. Au-dessus, et tout autour. Rien qu’un bout de pavé sur lequel avancer, c’était pour le moment, son unique certitude. Ensuite, son téléphone sonna. La vie, tangible et illusoire, le rappelait à elle.
« Dottore, je vous dérange ? amorça Javara avec précaution.
– Au contraire. Dis-toi que tu m’as empêché de tomber dans un puits en m’attrapant par les cheveux », répondit le commissaire.
Une phrase tellement indéchiffrable que l’autre en resta muet.
« Et alors ? l’exhorta-t-il.
– C’est le bordel sur l’autoroute, une espèce de catastrophe…
– Les catastrophes ne se limitent pas aux autoroutes. Après, une espèce de catastrophe…
– Un accident, en fait. Un gros. Plus d’une centaine de voitures, des camions, des incendies…
– D’accord. Appelle la police de la route, non ?
– Non, non… Ils y sont déjà…
– Ah bon. Alors tout va bien.
– Ben, en fait… bredouilla l’inspecteur.
– Quoi ?
– Le questeur demande d’y faire un saut parce qu’on a signalé des Tsiganes qui rôdent près des voitures, dit enfin Juvara d’une seule traite.
– Qu’on envoie des patrouilles ! s’agaça Soneri tout en sentant qu’il pourrait fuir sa solitude et se tirer du piège que lui tendait la nostalgie.
– On en a envoyé, poursuivit l’inspecteur, mais le brouillard est tellement dense… ils n’arrivent pas à trouver. Aucun agent de permanence ne connaît la bassa. »
Soneri comprit immédiatement la menace qui lui planait au-dessus de la tête, tel un ressort sur le point de se détendre. Il préféra l’anticiper et prit la place en diagonale en direction de la Steccata.
« C’est où exactement ? demanda-t-il.
– À côté de la station-service de Cortile San Martino. Vous avez une route qui longe tout un tronçon de l’autoroute du Soleil.
– Je vois. Et les patrouilles ?
– Elles tournent en rond. Le questeur a dit que vous étiez le seul à connaître ces routes… Le seul de Parme…
Extrait:
" Vous êtes un inguérissable rationaliste : vous ne cherchez un sens aux choses que pour vous rassurer. Mais Dieu dépasse la frontière de notre raison. Nous dansons tous dans un tamis, ignorants de l'endroit où nous finirons. Nous ne choisissons rien, la vie nous tombe dessus. Ce n'est pas nous qui écrivons le scénario, et si c'est Dieu, alors nous en revenons à ce que je disais tout à l'heure. Faites-moi confiance, l'exhorta enfin Sbarazza, piochez une carte et résignez-vous puisqu'à la fin ce sera le même tarif pour tout le mode.
- C'est que je mène plusieurs parties de front, expliqua Soneri.
-Je sais, acquiesça Sbarazza. Dont une avec la fille brûlée, je me trompe ?
-J'ai beau piocher dans le paquet, je ne tombe jamais sur la bonne carte.
-Tôt ou tard, vous tomberez dessus, vous verrez. Mon conseil reste le même : laissez faire les évènements et saisissez toutes les occasions qui se présentent à vous. Il suffit de savoir les reconnaître."
M.C. Beaton : Agatha Raisin tome 26- secrets sur Canapé -
Vingt-sixième tome d'Agatha Raisin, toujours égale à elle-même : toujours prompte à s'amouracher du premier homme qui passe à sa portée, son tact légendaire est bien connu et toujours à fouiner dès qu'elle sent qu'une personne pourrait être la coupable !
Installée depuis sa retraite dans un village tranquille des Costwolds, Carsely, elle pensait mener une vie calme entourée de ses chats dans son cottage, mais depuis 26 tomes, les meurtres se succèdent vitesse grand V. Là c'est même un tueur en série qui sévit. Tout démarre quand Jill Davent une psychologue s'installe au village. Non seulement elle attire l'antipathie, mais elle fouine dans le passé d'Agatha. Excédée Agatha la menace mais quelques jours plus tard Jill Davent est retrouvée étranglée. Puis les meurtres s'enchaînent et l'étau se resserre autour d'Agatha. Elle va avoir donc intérêt à retrouver le coupable avant que lui ne mette la main sur elle !
Un cosy murdery qui se lit bien avec les mêmes personnages, mais c'est comme une série télé on a plaisir à les retrouver, à suivre Agatha dans les rues de Carsely et les villages environnants et à boire avec elle un gin tonic au Red Lion.
Extrait :
"Plus tard, alors qu'elle se tournait et retournait dans son lit, Agatha se dit que non, décidément elle ne pouvait pas laisser tomber. L'assassin rôdait dans les parages et frapperait de nouveau si on ne l'arrêtait pas. Sa prochaine cible, ce pourrait être moi, se dit-elle. Elle avait gardé sa lampe de chevet allumée pour chasser les peurs apportées par l'obscurité, mais regretta d'avoir acheté un cottage à toit de chaume, car toutes sortes de créatures sans nom bruissaient dans la toiture.
La porte s'ouvrit et Charles, qui avait dormi dans la chambre d'amis, apparut, enveloppé dans une robe de chambre. Il lui apportait un verre de lait.
" Bois ça, dit-il. Et prends ce somnifère. J'ai volé l'ordonnance de ma tante. Un seul comprimé, ça ne lui manquera pas.
- Je n'aime pas le lait et je ne prends jamais de somnifère, protesta Agatha.
- Fais ce qu'on te dit, pour une fois dans ta vie, insista Charles, sinon je te fais avaler ce comprimé de force.
- Bon, bon dit Agatha de mauvais gré. Elle s'exécuta. Puis : je ne t'ai même pas remercié de m'avoir sauvé la vie, dit-elle.
- La routine. Dors !"
Après son départ, Agatha avait l'impression qu'elle ne s'endormirait jamais, mais soudain elle fut plongée dans un rêve où Justin la poursuivait à travers une foire de village, une hache à la main."
Donna Leon : Entre deux eaux
Le commissaire Brunetti est chargé de l'affaire. Il va devoir se plonger, c'est le cas de le dire, dans le monde des collectionneurs et antiquaires qui n'hésitent pas à utiliser tous les moyens pour piller et s'approprier les oeuvres d'art afin d'enrichir leurs collections.
J'ai savouré cette atmosphère de déluge qui s'abat sur Venise dépeinte par l'auteur et qui donne à l'enquête une ambiance bien particulière.
Très réussi.
Suite des enquêtes du commissaire Brunetti. Nous voilà à Venise en hiver au moment de l'acqua Alta, phénomène de marée haute qui touche les parties les plus basses de Venise et où on circule sur des passerelles ou avec des bottes. Roman publié en 1996, alors que les digues Mose n'étaient pas encore construites.
L'archéologue américaine Brett Lynch, spécialiste en céramiques anciennes chinoises est revenue à Venise après un séjour en Chine. Elle a demandé une entrevue avec le directeur du musée avec qui elle a organisé une exposition de céramiques chinoises. Brett le soupçonne d'avoir remplacé des pièces par des faux. Mais à la veille de leur rencontre, elle est victime d'une violente agression par deux individus qui la somment de ne pas rencontrer le directeur du musée. À sa sortie d'hôpital, c'est le directeur du musée qui est assassiné.Le commissaire Brunetti est chargé de l'affaire. Il va devoir se plonger, c'est le cas de le dire, dans le monde des collectionneurs et antiquaires qui n'hésitent pas à utiliser tous les moyens pour piller et s'approprier les oeuvres d'art afin d'enrichir leurs collections.
J'ai savouré cette atmosphère de déluge qui s'abat sur Venise dépeinte par l'auteur et qui donne à l'enquête une ambiance bien particulière.
Très réussi.
Extrait :
" Puis-je vous offrir quelque chose, signora ? demanda-t-il avec un mouvement de la tête en direction du bar, situé de l'autre du carrefour.
- Un café me ferait du bien, avec ce froid, répondit-elle. Un caffè corretto, ajouta-t'elle. Brunetti acquiesça. S'il avait lui-même passé la matinée sans bouger dans ce froid humide, il aurait certainement eu envie, lui aussi, d'une goutte de grappa dans son café. Il la remercia de nouveau et passa au bar, où il paya le prix d'un caffè corretto en demandant qu'il soit apporté à la marchande de journaux. A la réaction du barman, il était clair que la procédure n'avait rien d'inhabituel dans le quartier. Le policier ne se rappelait plus s'il y avait ou non un ministre de l'Information dans le gouvernement actuel ; sinon, Maria aurait très bien pu occuper ce poste."
Samira El Ayachi : Le ventre des hommes
Ce roman de Samira El Ayachi raconte le parcours d'Hannah fille d'un mineur marocain de 1987 à 2016 à Lens. A la fois chronique sociale et récit intimiste, le récit d'Hannah commence en 2016 lors de son arrestation dans sa classe devant ses élèves, pour se poursuivre en remontant le temps quand elle vivait avec ses parents et ses frères et soeurs dans un coron sans confort. Elle raconte son enfance puis son adolescence où elle se réfugie dans les livres, devient une élève brillante et professeur, métier auquel a elle toujours aspiré.
Son père, recruté par un sergent recruteur dans le Haut-Atlas marocain à la recherche de mineurs pour les Houillères du Nord de la France, quitte son village désertique, femme et enfant pour travailler à la mine dans les années 70. Le roman raconte les dures conditions de travail et de vie, le regroupement familial n'étant pas une garantie de pouvoir rester sur le sol français, Puis la mine ferme et les mineurs marocains sont invités à rentrer chez eux. Hannah va découvrir les conditions dans lesquelles son père a immigré, ce qu'il a subi sur le sol français, le refus du statut de mineur, sa rébellion.
Le lien entre la fille et le père est très fort. Le ventre des hommes c'est la mine et le lien viscéral qui unit Hannah et son père.
Elle pourrait faire partie de ceux qui ont réussi leur intégration, est-ce la lecture de Germinal qui la conduit à faire acte elle aussi de rébellion en souvenir de son père ?
La fresque historico sociale de la condition des mineurs immigrés est un bel hommage à ces travailleurs et un pan méconnu de notre histoire. J'avoue que je n'ai pas accroché complètement : est-ce le rythme, le style, la forme ? Est-ce la position d'Hannah elle-même ? Sa révolte qui pour moi est sans commune mesure à ce qu'a vécu son père, mais c'est pour elle sans doute sa façon "d'être avec lui".
Extrait :
"L'année de mon entrée au collège. Nous venons de quitter la maison des sans-avenir pour nous installer dans la maison des toujours-là. Le père l'a décidé.
Il est temps que sa famille quitte le provisoire, le bricolé, l'arraché aux miettes concédées par les Houillères du bassin minier, pour une vraie maison de brique à nous. Le déménagement avait consisté à déplacer nos casseroles trois rues + une grande avenue plus loin. Ca avait été le plus court voyage le plus grand de l'histoire de la famille. Acheter une maison, cela voulait dire en prendre pour vingt ans. Choisir l'ici au là-bas. Décider contre tous que nous serions toujours là - aux côtés des autres toujours-là. S'installer pour de bon. Pour de vrai. Poser un avenir en brique. Faire confiance à ce que l'on ne connaît pas et qui viendra. Racheter à la misère de l'exil du temps et de l'espace pour soi."








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