jeudi 2 juillet 2026

Envie de lecture.....chapitre 36

Des découvertes : Julian Fellowes : Belgravia - Fredrik Backman :  Ma grand-mère vous passe le bonjour - Nicolas Beuglet : le cri
Coup de coeur : Sujata Massey : les enquêtes de Perveen Mistry : tome 4 - la maîtresse de Bhatia House - Dominique Manotti : Sombre sentier
Des valeurs sûres : Jean-Christophe Rufin : la princesse au petit moi - les énigmes d'Aurel le Consul - Valerio Varesi : la main de  Dieu - Léo Malet : Casse-pipe à la Nation - Donna Leon : l'affaire Paola -  Ian Manook : Askja 
Des romans historiques : Joseph O'Connor : le bal des ombres
Des romans distrayants : Claude Izner : qui a tué le Minotaure ? -  Catharina Ingelman-Sundberg : Comment braquer une banque sans perdre son dentier - Le gang des dentiers fait sauter la banque - Comment prendre le large sans perdre sa perruque  - L.C. Tyler : Mort étrange sur un bateau remontant le Nil - M.C. Beaton : Agatha Raisin : tome 29 - Sonnent les cloches -
BD : Weber /Deville : Leopoldville 60 - Tardi : Adèle Blanc-Sec : le bébé des Buttes-Chaumont-


Julian Fellowes : Belgravia
Londres dans les années 1815-1840.
 A Bruxelles, le15 juin 1815 un grand bal est donné par la duchesse de Richmond. Du beau monde y est présent : le duc de Wellington, ses officiers et James Trenchard, le fournisseur du duc alias le magicien accompagné de sa femme Anne et de leur fille Sophia dont les yeux ne brillent que pour Lord Edmund Bellasis. Mais le lendemain, c'est la bataille de Waterloo et beaucoup de jeunes officiers présents y ont laissé leur vie dont Edmund.
Mais pour Sophia la vie bascule, elle meurt en accouchant d'un fils Charles qui sera confié à un couple Mr et Mme Pope afin d'éviter un scandale public qui nuirait à la notoriété de James Trenchard.
Vingt-cinq ans plus tard, les Trenchard sont en pleine ascension sociale et se sont installés dans le nouveau quartier de Belgravia. Mais voilà qu'Anne Trenchard révèle à Lady Brockenhurst, la mère d'Edmund, le lien qui les unit. Celle-ci prend Charles, son petit-fils, sous son aile. Charles est un jeune homme dynamique qui a créé son entreprise de manufacture de coton et qui a le soutien financier de James Trenchard depuis le début et celui également de sa grand-mère paternelle.
Mais les héritiers de lord et lady Brockenhurst ne l'entendent pas de cette oreille, qui est donc ce Charles Pope qui s'attire toutes les faveurs de lady Brockenhurst? Déjà les complots de toutes sortes se déchaînent avec la complicité de certains domestiques qui n'hésitent pas à trahir leurs maîtres pour quelques livres en plus.
On ne s'ennuie pas une seconde, au fil de ce livre qui décrit la société de l'époque.

Extrait :
"-Ah ! Mademoiselle Ellis, dit John.
Il était agacé que Speer ne l'ait pas immédiatement mis en relation avec elle. Il soupçonnait Speer de se sentir humiliée par la supériorité d'Ellis dans la hiérarchie de la maison, et sur ce point il avait raison. Dès lors, il devrait les payer toutes les deux grassement pour les contenter, ce qui était fâcheux. Mais Turton n'avait pas tort. Un valet ou une bonne pouvait révéler un secret de famille plus vite et mieux que n'importe qui. Il avait entendu dire que la plupart des grandes puissances se servaient des valets et des servantes pour espionner leurs ennemis. Il sourit à Ellis, qui patientait sans mot dire.
-J'espérais qu'on pourrait trouver un arrangement ?"
Jean-Christophe Rufin : La princesse au petit moi - Les énigmes d'Aurel le Consul
C'est sur la recommandation d'un de ses anciens ambassadeurs que le Consul Aurel Timescu se voit chargé d'une mission auprès du prince Ruppert dans la Principauté du Starkenbach, un micro état, paradis fiscal, niché dans les Alpes. En effet le prince lui demande de retrouver sa femme la princesse Hilda qui a disparu : elle ne répond plus aux messages. Alors où est-elle et que fait-elle, pourquoi est-elle partie ?
Aurel (que son DRH par sadisme et pour le punir de sa paresse ne manque pas de l'envoyer dans les coins les plus reculés, voir même les plus hostiles) profite à fond de la vie et des fastes princiers : se faire attribuer un piano dans sa chambre et boire quelques bouteilles de Tokay ou à défaut du vin blanc, il n'y a pas mieux pour résoudre cette énigme. Toujours habillé comme l'as de pique, ce qui est le cadet de ses soucis, il va naviguer entre la Principauté et Paris, de Paris à la Corse aidé par Shayna, la confidente de la princesse dont il tombe amoureux.
Les aventures d'Auel sont toujours aussi plaisantes et permettent de visiter les 4 coins du globe, sauf que dans ce roman, le Starkenbach n'existe pas mais il a des modèles comme Andorre, le Liechtenstein ou la Principauté de Monaco.

Extrait : 
"Assis dans un canapé à pieds tournés de style "os de mouton", recouvert de soie rouge à ramages, il était partagé entre la peur, la fierté et la curiosité. Comment avait-il pu se retrouver dans ce château, au milieu de la capitale d'une principauté germanique ? Tout avait été si vite... Dix jours auparavant, il était encore le vice-consul de l'ambassade de France en Azerbaïdjan, impatient de voir arriver le nouvel ambassadeur. Comme il l'avait espéré, celui-ci s'était empressé de le renvoyer à Paris, ce qui était son plus cher désir. Aurel était fatigué. Fonctionnaire calamiteux mais titulaire, il était condamné à enchaîner les postes subalternes et ingrats. Ne rien faire ne va pas de soi, même dans l'administration. Cela requiert une constance, une énergie, une aptitude à affronter le mépris et la colère des chefs qu'Aurel avait certes portées à leur plus haut niveau, mais au préjudice de sa santé. Un retour au Quai d'Orsay dans l'attente - qu'il espérait longue - d'un nouveau calvaire constituait un repos bienvenu."

Valerio Varesi : la main de  Dieu
Poursuite de enquêtes du commissaire Soneri.  A la poursuite cette fois-ci d'un assassin dont la victime a été retrouvée sur la grève de la Parma ("de la Parma, Juvara ! les torrents sont au féminin ici !") à côté du ponte di Mezzo.
Mais comme toujours Soneri se fie à son instinct et son instinct lui dit que ce corps a bien pu être jeté à l'eau plus haut et emporté par le courant, d'autant plus qu'une camionnette appartenant à un homme du village de Monteripa est retrouvée criblée de balles sur la grève de la Parma plus au Sud. Il prend alors la direction du village de Monteripa, on est en janvier et les routes sont verglacées. A peine arrivé, un éboulement bloque la seule route qui relie le village à la vallée, et passer le col est bien trop dangereux en cette saison.
Soneri se trouve alors dans un monde où tout le monde se tait par peur des uns et des autres.
Même le portable ne passe plus, l'antenne est HS. Il faut monter dans la montagne pour retrouver des signaux. C'est peut-être dans ce monde confiné que Soneri est le plus à l'aise. Loin de la Questure où c'est l'affolement général et batailles entre service, il peut réfléchir tout  à son aise et mener son enquête selon son tempo. Laissant Juvara et Nanetti à la Questure le secondant à distance, il interroge, fouine, mange ses anollis au bouillon, boit du bonarda et de la grappa, entre bandes rivales, héritage soupçonneux, trafic de drogue et mafia locale.
D'enquêtes en enquêtes, j'apprécie de plus en plus de retrouver l'atmosphère parmesane du commissaire Soneri.

Extrait :

" - Regardez par là-bas, dit Afro en montrant le versant en aval où l'on voyait une éclaircie et une coupe récente de hêtres. Là-bas, c'est un taillis fureté, expliqua-t-il. Avec des cépées en pagaille. Un ensemble de clans au milieu d'une collectivité d'individus. N'est-ce pas emblématique ?
Soneri acquiesça, ravi, absolument, par l'atmosphère du bois.
- Emblématique, confirma-t' il.
Afro caressa le tronc lisse et clair d'un hêtre.
- Quand on surexploite le bois, qu'on en retire tout ce qu'on peut sans en prendre soin, les souches sont obligées de produire beaucoup pour se défendre, parce qu'elles devinent que d'autres coupes vont avoir lieu. Les cépées ne pensent qu'à elles et font tout pour rester vivantes. Vous voyez ce chaos ? Toutes à se disputer le soleil. Alors qu'une futaie est ordonnée. Il y a du respect, chaque arbre a droit à son espace vital.
- Le monde ressemble beaucoup plus à un taillis fureté, constata le commissaire, frappé par les explications du garde forestier.
- Forcément, lança Afro, tout le monde se sert sans rien donner. Exploiter, spéculer... Alors qu'il faudrait aussi prendre soin des choses, construire sur du long terme. Avancer en faisant marcher sa tête.
- Monteripa est un bel exemple de clan : aussi fermé qu'un coffre-fort, déplora Soneri. Sauf que maintenant son chef est mort, et que son bras droit est en prison."
Fredrik Backman :  Ma grand-mère vous passe le bonjour.
Elsa a sept ans c 'est une enfant plutôt solitaire. Sa mamie a soixante-douze ans et elle est du genre fantasque. C'est la seule amie d'Elsa. Quand elle est moquée et persécutée à l'école, parce que différente, quand sa maman divorcée attend un enfant de son nouveau compagnon, quand le papa a aussi refait sa vie, c'est sa mamie qui lui procure du réconfort en l'emmenant au Pays-Presque Eveillé peuplé de royaumes en lui racontant des tas d'histoires.
"Car à sept ans  les enfants ont tous besoin de super héros"
C'est gràce à ses histoires qu'elle va se construire après la mort de sa grand-mère. Celle-ci va l'entraîner dans une chasse au trésor en lui donnant des lettres à distribuer à des gens de son immeuble - le château comme l'appelle sa mamie- afin de leur demander pardon. Elsa va connaître ainsi le passé de sa grand-mère et se socialiser avec les gens de l'immeuble et ainsi grandir.

Extrait : 
" Elle espère la faire rire. Mais ça rate. Mamie se contente de souffler d’un air triste :
— Tu vas vivre une aventure grandiose et une histoire fantastique. Mais c’est à cause de moi s’il y a un dragon à la fin, mon chevalier adoré. 
Elsa plisse les yeux. Elle ne l’a encore jamais entendue dire ça. Mamie dit toujours que c’est « grâce » à elle qu’il y a des dragons à la fin des contes, jamais « à cause » d’elle. Mamie s’affaisse, plus petite et fragile qu’Elsa ne se souvient de l’avoir jamais vue. Pas du tout comme une super-héroïne.
 Mamie lui embrasse le front.
— Promets-moi de ne pas me détester quand tu apprendras qui j’étais. Et promets-moi de protéger le château. Protège tes amis. 
Elsa ne la suit plus du tout, mais elle promet. Elle serre mamie dans ses bras plus fort que jamais.
— Emporte la lettre à celui qui attend. Il ne voudra pas la prendre, mais dis-lui que c’est de ma part. Dis que ta mamie lui demande pardon.
Puis elle essuie les larmes sur les joues d’Elsa. Celle-ci observe qu’on dit « apporte » et pas « emporte ». Elles se chamaillent un petit peu, fidèles à leur habitude. Puis elles jouent au Monopoly en mangeant des escargots à la cannelle et se demandent qui gagnerait en cas de duel entre Harry Potter et Spider-Man. Une question ridicule, bien sûr, affirme Elsa. Mais mamie aime débiter ce genre de bêtises, parce qu’elle est trop immature pour comprendre que Harry Potter aurait réduit l’ennemi en miettes."
Nicolas Beuglet : le cri
L'inspectrice Sarah Geringën est appelée à l'hôpital psychiatrique de Gaustad à quelques kilomètres d'Oslo pour un suicide.  Mais l'homme à qui elle a affaire est mort dans un cri. Pour elle, le patient appelé 488 à cause de ses cicatrices au front ne s'est pas suicidé. Elle va devoir mener son enquête (qui l'emmènera d'Oslo en France puis de Londres à l'île de l'Ascension jusque dans le Minesota) au pas de course car la vie d'un enfant en dépend.

Beaucoup de rebondissements, une enquête menée à un train d'enfer et j'ai aussitôt penser à Steve Berry et ses personnages Malone et Cassiopée. On tourne les pages pour savoir comment les héros vont s'en sortir et connaître le fin mot de l'histoire.
Ce livre est le premier de la trilogie Sarah Geringën.

Extrait :
"La vie nous tuerait tous si nous n’avions pas l’oubli [...]. Cet oubli qui fait que nous ne pensons pas chaque seconde à l’absurdité de notre existence. Nous vivons sans savoir d’où nous venons et nous mourons sans savoir où nous allons. Comment vivre entre les deux ? Comment ne pas être paralysé par cette absence de sens ? C’est logiquement impossible. Et pourtant, la majorité y parvient et fait un peu comme si de rien n’était. Mais imaginez que vous soyez forcée de penser cet absurde sans rien pouvoir faire d’autre, pas sûr que vous survivriez. C’est le genre d’état qui peut nous traverser lorsque nous sommes confrontés de près à la mort d’un proche."

Joseph O'Connor : le bal des ombres
Londres des années 1878 à 1912. Le livre retrace la vie de trois personnages pendant leur passage au Théâtre du Lyceum :  Ellen Terry, une actrice de théâtre renommée et en fin de carrière actrice de cinéma muet, Sir Henry Irving célèbre tragédie shakespearien et Bram Stocker écrivain connu pour son Dracula et administrateur du Théâtre.
L'auteur nous prévient, bien que basé sur des faits réels, c'est une oeuvre de fiction où par le biais de Bram Stocker, il dépeint la société victorienne, la vie des gens de théâtre et tous les personnages excentriques à commencer par Irving lui-même, Oscar Wilde, George Bernard Shaw... Il décrit un trio qui, jusqu'en 1902, année où le théâtre sera vendu, ont fait la renommée du Théâtre par leurs mises en scènes, leurs extravagances, leurs relations troubles et tempêtueuses, et où l'ombre de jack l'Eventreur plane, ainsi que celle du fantôme de l'opéra Mina.
Ellen est la maîtresse d'Irving mais un lien amoureux l'attache à Stocker, Stocker même si son ménage bat de l'aile, il  reste fidèle à sa femme Florence qu'il admire, tout en restant d'un dévouement sans faille à Irving.
Un récit mené à vive allure mais aussi empreint de nostalgie sur les liens amoureux, sur la création, l'immortalité, la postérité .

Extrait :
" Au moment où le public entrait, semblable à la marée, j'ai remarqué une tache d'humidité sur le mur de la loge la plus proche du souffleur, et comme je n'avais personne sous la main, j'ai pris en hâte un pinceau et j'ai moi-même donné un coup de peinture. 
Les premiers ont été les plus pauvres, dont beaucoup ivres et accoutrés de vieux pantalons de velours côtelé ou de coton fruste et de cabans, se sont montrés grossiers envers les ouvreurs, mais avec bon coeur. L'un d'eux m'a regardé en fronçant les sourcils, au passage, et m'a lancé: " Et Alors, crème d'emplâtre, qu'est-ce que tu regardes ?" Je lui ai dit d'aller se faire voir ailleurs, et nous avons échangé quelques répliques salées. Lui et deux cents autres rustres de la même espèce ont été introduits dans une zone séparée, à l'arrière du parterre, derrière une grille en fer forgé neuve qui, je dois le dire, fait un très bel effet.  Nous leur avons donné de la bière (et sur la suggestion de Harker, des bouteilles vides, pour un certain usage). Une fois le peuple en place, crachant de contentement et se castagnant entre soi, le public respectable est entré.
Siège après siège à grands renforts de grincements, rangée après rangée, la salle s'est vite remplie[...] Avec certains des acteurs, nous avons jeté un coup d'oeil de derrière le rideau. Jamais de ma vie je n'avais connu de pareille excitation. Ivre, pris de vertige, j'en aurais pleuré de joie, mais je ne devais pas me départir de mon formalisme en me laissant aller ainsi. "Oh, tatie Bram..."- voilà comment certains d'entre eux ont pris l'habitude de m'appeler-" n'est-ce pas merveilleux ?" Et de me taquiner : "Tatie, enfilez un costume, venez sur scène avec nous, allez, ce sera vraiment bath aux pommes "
Claude Izner : qui a tué le Minotaure ?
Le jeudi 11 mars 1926, Paris est en pleine effervescence. Le cortège de la Mi-Carême envahit les Boulevards. Parmi d’étranges personnages aux costumes antiques, un homme à tête de Minotaure est entraîné par un Arlequin vers la rue des Lombards. Il est retrouvé assassiné … Il s'agit d'un médecin le Docteur Gilbert. Pour quelles raisons l'a-t'on occis et est-ce bien lui qui était visé ou son neveu  Gaétan Bardin à qui il a emprunté ce costume?
Jérémy Nelson, pianiste américain passionné de jazz,  et son ami Sammy Eidelmann vont être mêlés à cette étrange affaire criminelle, aux côtés de l’oncle de Jérémy, Victor Legris, tout juste arrivé de Londres. Ils vont se trouver confronté à bon nombre de suspects : tous les membres de la troupe de théâtre que dirige Gaétan Bardin ont une bonne raison de passer dans le bureau du commissaire Dorval qui lui ne pense qu'à sa retraite prochaine !
C'est le cinquième tome de la serie Jérémy Nelson, j'avoue que je préférais les enquêtes de Victor Legris, mais Claude Izner (Liliane Korb et Laurence Lefèvre en réalité) nous emmène dans l'univers du spectacle et de la société parisienne pendant les années folles, c'est bien plaisant à lire.

Extrait :

"Un Arlequin qui avait perdu sa famille de la commedia dell' Arte cherchait à rattraper les protagonistes d'un mythe grec comprenant le Minotaure, la princesse Ariane, le roi Egée, son fils Thésée, le dieu Dionysos et l'architecte Dédale. Mais chaque fois qu'il était sur le point de les atteindre, de joyeux drilles masqués de loups colorés l'en empêchaient et l'entraînaient avec des rires triomphants. Furieux, Arlequin se débattait, se libérait et reprenait sa course. Il heurtait des enfants aux mains poissées de sucres d'orge mais ne ralentissait pas pour autant, insensible aux protestations des parents. [...] Devant la boutique d'un confiseur, le Minotaure était plongé dans une rêverie. Quand Arlequin se planta près de lui, il inclina son front cornu pour écouter ce que celui-ci avait à lui dire. Après un bref coup d'oeil au reste de la bande, le Minotaure s faufila parmi les badauds afin de rejoindre Arlequin rue des Lombards sous le porche d'un immeuble du XVIII ème siècle. Aucun des deux ne s'aperçut qu'ils étaient suivis."
Léo Malet : Casse-pipe à la Nation 
Nous voici dans le XII arrondissement de Paris en 1957. Voilà que Nestor doit aller chercher à la gare de Lyon Hélène sa secrétaire qui revient du midi. Il y rencontre l'inspecteur Grégoire et entame la discussion en attendant l'arrivée du train. Quand celui arrive, pas d'Hélène, alors Burma décide de suivre une belle brune qui l'entraîne à la foire du trône et monte dans le grand huit. Jusqu'à ce qu'un inconnu essai de le balancer dans le vide. Mais c'est son agresseur qui fait un vol plané et c'est lui qui meurt. Un certain Lancelin et le commissaire Faroux lui apprend que celui-ci est soupçonné d'avoir participé à un vol de lingots d'or. Nestor va donc enquêter de la Bastille à St Mandé et de Nation à Bercy en se prenant quelques gnons au passage. Toujours aussi sympa à lire.

Extrait : 
"Je calte,me prenant les pinceaux dans une espèce de nain qui ronfle presque, assis sur les marches de l'escalier. Il faudra que j'aille m'installer en Amérique. Là-bas, les flics privés, si j'en crois les bouquins, n'arrêtent pas de siffler du whisky de marque, en compagnie de gens tout ce qu'il y a de distingué, riches à millions, et de gonzesses modèle cinéma. Moi, je tombe le plus souvent sur des numéros comme la mère Millot, et ne me propage que dans des décors comme la cour Saint-Charles. Elle est gratinée la Cours Saint-Charles. (Et dans trois semaines, Elle va avoir la vedette. Lorsqu'on découvrira qu'une de ses habitantes - ce n'est pas la mère Millot, et ça n'a rien à voir avec mon affaire, heureusement -a, voici presque dix ans, tué son mari et l'a placé dans une valise avant de l'immerger dans les eaux territoriales de la Morgue, à la Rapée. Fallait pas qu'y soit bien grand le père Bouquiaux, pour tenir dans une valise. La tête en colis séparé, d'accord, mais tout de même ! Un nain ou presque.)"
Catharina Ingelman-Sundberg : Comment braquer une banque sans perdre son dentier
C'est le premier tome d'une trilogie de cinq retraités suédois. Une lecture plaisante où cinq joyeux drilles, chanteurs dans une chorale, végètent dans une maison de retraite abrutis par les médicaments et où le directeur limite les frais à grand coups de restrictions, fini les pâtisseries et les sorties !
Ils ne rêvent que d'une chose c'est d'aller en prison, car dans les prisons les prisonniers peuvent sortir dans la cour, aller faire du fitness, participer à des ateliers... Mais pour aller en prison, il faut commettre un délit. Ils décident donc d'aller voler des tableaux de grands peintres au musée de Stockholhm. Pour cela ils s'enfuient de la maison de retraite pour aller loger au Grand Hôtel, non loin du musée, et où ils mènent grand train. Ils finiront par aller en prison où ce sera le désenchantement. A peine sortis, ils se relanceront dans un autre casse avec comme objectif profiter de la vie aux Caraïbes !
C'est agréable, drôle et sans prétention et on espère de tout coeur les voir réussir dans leurs projets !

Extrait :
"A propos de médicaments, tiens, pourquoi en bourrait-on toujours les vieillards ? Ils avaient presque plus de pilules que d'aliments à manger. C'était peut-être cela qui les rendaient si mous ? Avant, ils jouaient aux cartes et ils se faufilaient les uns chez les autres après 20 heures. Mais, depuis que Le Diamant avait repris l'affaire, c'en était fini du bon temps. Oui, maintenant ils ne faisaient presque plus rien, et s'ils commençaient à jouer aux cartes, soit ils s'endormaient soit ils oubliaient quelle carte ils avaient jouée. Stina, qui adorait Selma Lagerlöf et Heidenstam, n'avait même plus la force de feuilleter un magazine, et Anna-Greta, qui écoutait d'habitude de la musique de fanfare et le chansonnier Jokkmokks-Jokke, se contentait désormais de fixer le tourne-disque, trop lasse pour sortir ses 45-tours. Le Génie n'avait plus fait d'inventions depuis longtemps et le Râteau négligeait ses fleurs. Le plus souvent, ils regardaient la télé et personne ne faisait plus rien. Non, quelque chose n'allait pas, mais alors pas du tout !
Märtha se leva, prit appui sur le déambulateur et alla dans la salle de bain. Pensive, elle se lava le visage et fit sa toilette matinale. Et elle qui voulait faire la révolution ! Elle se contentait de tourner en rond et n'arrivait à rien. [...] Elle décida de diminuer la dose de cachets. Au bout de quelques jours, elle se sentit déjà plus alerte. [...] L'envie de révolte revenait."
Catharina Ingelman-Sundberg : Le gang des dentiers fait sauter la banque
Deuxième tome de la série, toujours aussi rocambolesque !  C'est que l'on ne s'ennuie pas une seconde. Cette fois nos cinq retraités sont à Las Vegas, mais une fois leur dernier coup fait et les millions engrangés, ils rentrent à Stockholm avec diamants et argent. Mais les diamants, parce qu'ils n'ont plus toute leur tête, disparaissent ainsi que leur argent. Ils l'avaient bien redistribué façon Robin des bois, c'est à dire aux maisons de retraite, musées etc..mais un ils s'aperçoivent que cet argent a été détourné. En plus leurs nouveaux voisins, les Bandangels, un gang de petits malfrats qui rêvent de s'intégrer aux Hells Angels, ne leur inspire pas confiance et risque bien de leur attirer quelques ennuis. Mais le Génie, Märtha, Le Rateau, Stina et Anna-Greta ont plus d'un tour dans leurs déambulateurs.

Extrait :
"Je ne savais pas que vous étiez comme ça à la Handelshögskolan, dit Märtha d'une voix faussement admirative.
- Les gains sont transférés aux Caraïbes pour échapper au fisc, c'est d'une simplicité enfantine pour peu qu'on soit dans la finance. En revanche, ceux qui ont accepté les pots-de-vin ont des problèmes. Ils ne peuvent pas verser cet argent sur leur compte courant.
-Alors c'est pour ça qu'ils achètent un yacht ou une Porsche ?
- Exactement, mais une voiture ou un bateau qui, sur le papier, appartient à quelqu'un d'autre, un cabinet d'avocats par exemple...
- Et il faut ensuite trouver un endroit où stocker toutes ces choses, compléta Märtha.
Le jeune homme acquiesça.
- Malin n'est-ce-pas ?
- Je commence à comprendre, intervint le Génie. On entrepose ici les affaires pendant un certain temps, puis on les vend sans éveiller de soupçons.
- Oui, tout le monde y trouve son compte.
- Sauf nous, les gens normaux, objecta Märtha. Ce qui a été financé avec nos impôts est vendu et quelqu'un d'autre empoche l'argent. C'est complètement immoral !
- Oh, tout le monde truande, alors tant que je reçois mon salaire, je m'en fous. D'ailleurs, qu'est ce que vous voulez entreposer ici ? 
"Des marchandises volées", faillit dire Märtha.
- Oh, un bric-à-brac répondit-elle en rougissant."
Catharina Ingelman-Sundberg : Comment prendre le large sans perdre sa perruque 
Troisième et dernier tome de la série. Ce troisième opus commence par une attaque de banque avec un camion poubelle ! Il faut bien renflouer les caisses car sinon comment redistribuer à ceux qui en ont besoin. Ils sont maintenant installés à Djursholm quartier très résidentiel de Stockholm et après le casse, ils se tiennent à carreau. Néanmoins il n'oublie pas (depuis le premier tome) qu'ils ont 5 millions dee couronnes coincés dans la gouttière du Grand Hôtel.  Mais en surveillant la maison de leur voisin, Carl Bielke, toujours inhabitée, Märtha découvre le monde des paradis fiscaux, car attaquer des banques, retrouver l'argent de la gouttière,  c'est bien mais pas très rentable finalement. Elle décide toute la petite troupe (Le Génie, le Râteau, Stina, Anna-Greta) de passer à la vitesse supérieures direction St Tropez où Carl Bielke a amarré son magnifique yacht. Avec Anna-Greta aux manettes de l'ordinateur et un joli tour de passe-passe joué à Carl Bielke, ils vont enfin pouvoir monter leur projet de maison de retraite !
C'est toujours aussi amusant et déjanté et avec eux tout est possible !

Extrait :
"Märtha lui caressa furtivement la joue avant de reprendre la parole :
- J'ai donc pensé à quelque chose. Quand Anders et Emma auront repris la direction de la péniche, ils continueront à envoyer de l'argent au personnel de santé, tant qu'il en restera dans les réserves. Cela a bien marché avec les goodie-bags, alors ils n'auront qu'à poursuivre l'opération, dit Märtha. Nous en revanche, nous allons viser plus haut. Rien en dessous de 500 millions de couronnes.
- 500 millions ? s'écrièrent-ils tous, épouvantés, mais non sans une certaine curiosité.
- Mais enfin, ma petite Märtha, quelle est ton idée ? voulut savoir le Génie, soudain tout excité.
- Oh, juste un petit vol pour la bonne cause, répondit Märtha en reprenant un gâteau.
Anna-Greta exposa alors le fruit de leurs réflexions sur les yachts luxueux de Bielke vus sur Internet. Des fortunes flottantes, immatriculées aux îles Caïmans, et pour lesquelles leur voisin ne payait aucun impôt.
-Vous comprenez pourquoi il aura du mal à déclarer le vol d'un de ses bateaux, conclut Anna-Greta."
Donna Leon : l'affaire Paola
Cette fois-ci le commissaire Brunetti n'est pas au bout de ses surprises. Réveillé par un coup de fil de la Questure, il apprend que sa femme a démoli la vitrine d'une agence de voyages. Tout ça parce que Paola suspecte l'agence de promouvoir le tourisme sexuel.  Ayant réussi à ce que son acte de vandalisme ne soit pas consigné, Brunetti est très affecté par le geste de sa femme, mais c'est sans compter sur la ténacité de celle-ci qui recommence. Sauf que cette fois-ci l'affaire n'en reste pas là et le propriétaire de l'agence un certain Paolo Mitri en referre à Patta le supérieur de Brunetti. Celui-ci est mis en congé administratif. Sauf que Mitri est assassiné avec à ses côtés une lettre qui l'accuse de pornographe. Alors Brunetti va enquêter car il sait bien que ce n'est pas Paola qui a occis le chef d'entreprise surtout avec un câble électrique, car elle dormait tranquillement à ses côtés. Et l'enquête s'oriente vers un autre trafic...
On voit ici un Brunetti gérer sa vie familiale tout en retenue, ne pas brusquer les choses, faire en sorte que les enfants soient en dehors de ce soudain chaos engendré par sa femme et qui pourrait avoir des retentissements et sur leur vie familiale et sa vie professionnelle. Et puis mener à bien cette enquête pour déculpabiliser sa femme qui pense que c'est son geste qui a conduit à la mort de Mitri et retrouver la sérénité.
"Ah, Guido, il faudra donc toujours que tu te charges de régler tous les problèmes du monde, n'est-ce pas ?"

Extrait : 
" En chemin, ils s'arrêtèrent à une pâtisserie et achetèrent tout un plateau de brioches, se donnant l'un à l'autre comme prétexte que c'était pour les enfants, alors qu'ils savaient pertinemment qu'il s'agissait d'une sorte d'offrande symbolique à la paix retrouvée, même si celle-ci était encore fragile.
La première chose que fit Brunetti en arrivant à l'appartement fut de faire disparaître le mot qu'il avait laissé sur la table de la cuisine, poussant la précaution jusqu'à l'enfoncer tout au fond du sac-poubelle, sous l'évier. Puis, marchant sur la pointe des pieds dans le couloir pour ne pas réveiller les enfants, il se rendit jusqu'à la salle de bains, où il prit une douche prolongée, avec l'espoir plus ou moins conscient de se débarrasser des ennuis qui lui étaient tombés dessus de si bonne heure et de manière si inattendue."
L.C. Tyler : Mort étrange sur un bateau remontant le Nil
Série policière humoristique mettant en scène Elsie Thirkettle et Ethelred Tressider. Ethelred est écrivain, auteur de romans policiers de seconde zone comme aime à lui répéter son agent Elsie. Pour les besoins de son futur livre, il s'embarque pour une croisière sur le Nil en repérages. Il devait le faire avec sa bien-aimée Annabelle mais étant en froid, il s'embarque seul, enfin presque puisqu' Elsie en profite pour s'inviter à la place d'Annabelle. A Louxor, ils s'embarquent sur le Khédive, ils se retrouvent donc avec une dizaine de personnes pour le circuit Edfou, Esna, Kom Ombo et Assouan. La visite commence par le temple d'Edfou mais une dalle de pierre s'effrondre à proximité d'Ethelred, puis un jour plus tard un homme, Purbright, est assassiné sur le pont du bateau. Le bateau s'enlise, Ethelred est enlevé. L'enquête est lancée ! On y rencontre de faux policiers, de vrais terroristes, des espions, et même un détective privée Herbie Proctor.
La narration alterne entre le point de vue d'Elsie et celui d'Ethelred, quelques clins d'oeil à Agatha Christie,

Extrait : 
" Pour en revenir aux analogies établies par Mlle Watson je me demande quelle aurait été ma réaction si on m'avait demandé de lire des passages de ma prose pour divertir les passagers. Je suppose que j'aurais accepté. Il fut un temps - bien meilleur à mon avis - où on attendait des auteurs qu'ils écrivent, et rien d'autre. De nos jours, les éditeurs et les agents littéraires exigent que vous ayez un site Internet, que vous teniez un blog et fassiez des lectures publiques, des séances de dédicaces et des ronds de jambe en veux-tu en voilà. Elsie se plaisait à me rappeler que ma modestie naturelle, si charmante soit-elle, ne m'aidait pas à vendre mes livres. Si elle avait pensé qu'en faisant une lecture publique chaque soir sur le bateau j'aurais pu vendre ne serait-ce qu'un roman, elle m'y aurait poussé sans hésitation tout en me rappelant qu'il s'agissait d'un voyage d'études.
Ce qui n'était pas faux."
Sujata Massey : les enquêtes de Perveen Mistry : tome 4 -la maîtresse de Bhatia House-
J'aime beaucoup cette série qui se passe en Inde, à Bombay, dans les années 20.
Perveen travaille dans le cabinet d'avocat de son père Jamshedji Mistry. Elle a fait ses études de droits à Oxford mais n'a pas pu passer l'examen car les étudiantes en droit n'y étaient pas autorisées. Elle peut seulement faire un travail de clerc, de renseignements, pour passer l'affaire à un avocat homme qui en tirera tout le prestige.
Lors d'une réception chez les Bhatia, famille aristocratique de Bombay, faite pour lever des fonds pour la création d'un hôpital pour femmes, Perveen est témoin d'un incident. Les vêtements du jeune Ishan, l'héritier de la famille, prennent feu. C'est son "ayah" (nourrice) Sunanda, qui se jette sur lui pour étouffer les flammes, au péril de sa vie. Mais Sunanda est arrêtée le lendemain, accusée d'avoir avorté. Perveen va tout faire pour la sortir de ce mauvais pas. Mais ce ne sera pas chose facile car entre conventions sociales et patriarcat, difficile de faire entendre la voix des femmes. Puis le patriarche de la maison Bathia meurt d'un empoisonnement, Sunanda est suspectée et elle est emprisonnée.  Qui s'acharne sur elle et pour quelle raison ?
Dans ce livre sont évoqués entre autres le statut des domestiques, des femmes, l'avortement, les rapports homme-femme, les relations entre indiens et anglais.
Difficile de lâcher ce livre qui tout en étant un polar nous emmène dans les différents quartiers et rues de Bombay, dans les maisons indiennes humer les plats sentant bon les épices.

Extrait : 
"Idéalement c'était le travail du clerc de récupérer un remboursement de caution mais le cabinet Mistry n'en employait pas.
Quand Perveen avait commencé à travailler avec son père, son clerc depuis vingt ans avait démissionné car il ne supportait pas de recevoir d'ordres d'une femme.
Les deux hommes qui avaient suivi avaient été renvoyés pour incompétence, selon Jamshedji, bien qu'aux yeux de Perveen, il s'agissait plutôt de variations du même préjugé à l'égard des supérieures féminines.
C'est pourquoi les histoires de caution étaient de la responsabilité de Perveen."

Dominique Manotti : Sombre sentier
Ayant pris ce livre par hasard, j'ai été conquise par le style de l'auteur : des paragraphes courts, un style direct, pas de fioritures, l'intrigue qui avance dans le temps jour après jour et presque heure par heure dans des endroits différents, cela donne un rythme haletant. Des extraits du journal libération pour le côté historique et réel.
Le lieu : le quartier du sentier en 1980, apogée de la confection textile, grossistes, petits ateliers sous-traitants, boutiques de prêt-à-porter en gros, où l'on voyait des hommes déballer des rouleaux de textile des camionnettes stationnées sur le trottoir ou des portants où sont accrochés vêtements, costumes...quartier où l'effervescence régnait et où j'aimais aller me balader du temps où je travaillais à Paris.
L'histoire :  Le trafic de drogue, puis une fillette thaïlandaise assassinée et retrouvée dans un atelier de confection du sentier sont le point de départ de l'enquête que va mener le commissaire Théo Daquin de la brigade des stups du Xème arrondissement. Son enquête va le mener dans le monde des travailleurs turcs clandestins employés dans les magasins de confection, le trafic de drogue (Turquie, Iran) le blanchiment d'argent, la prostitution et la pédophilie, les flics ripoux qui profitent de la situation pour ne pas avoir trop de problèmes dans leurs quartiers.  Le commissaire Daquin et ses deux inspecteurs aux méthodes plutôt brutales va être aidé de Soleiman, un réfugié turc, son indic et amant. Soleiman qui prendra la tête du mouvement de révolte des travailleurs clandestins turcs pour la régularisation des sans-papiers.
L'auteur : Agrégée d'histoire, maître de conférences à l'université Paris VIII, militante syndicale à la CFDT, a participé au mouvement de grève des travailleurs clandestins turcs dans les années 80, sombre sentier est son premier roman paru en 1995.

Extrait : 
"- Vous, vous employez des clandestins. S'ils deviennent réguliers, ce n'est pas votre intérêt. Ils vous coûteront plus cher.
(Rire). Ce n'est pas comme ça que ça se passe. D'abord, j'ai été clandestin, comme eux. Je me suis enfui de Turquie en 1960. J'ai travaillé ici sans papiers pendant dix ans. Vous, vous ne pouvez pas savoir ce que cela veut dire. Je m'étais rasé les moustaches, teint les cheveux en châtain clair. Je regrettais d'être grand. Je prenais des autobus, jamais le métro. Et je me baladais toujours avec un appareil photo sur le ventre. Mais rien à faire, je n'arrivais pas à ressembler à un touriste allemand. J'avais peur chaque fois que je mettais le pied dans la rue. Peur. C'est une drôle de vie, vous savez. C'est la vie de mes ouvriers, aujourd'hui. J'ai donné de l'argent pour soutenir leur comité. Dès que je pourrai je ferai des contrats de travail à tout le monde.
-Et vous paierez les charges sociales? 
-(Haussement d'épaules.) Moi, je veux de très bons ouvriers, et je veux des Turcs. Je ne fais confiance qu'aux Turcs. Ca fait des siècles qu'ils travaillent le cuir, ils savent. Mais des réguliers turcs, il n'y en a pas. Aujourd'hui, je paie mes ouvriers, cher, en liquide. Demain, je ferai des feuilles de paie, les salaires seront un peu moins élevés, c'est tout."
M.C. Beaton : Agatha Raisin : tome 29 - Sonnent les cloches -
Ca fait du bien un peu de légèreté et comme ce n'est pas vraiment prise de tête ça se lit d'une traite !
Alors revoilà Agatha notre héroïne des Costwolds qui rumine sa solitude, va-t-elle enfin trouver l'amour ? Mais c'est sans compter que dans les Costwolds les gens meurent ou disparaissent assez facilement. A Thirk Magna, une fête est organisée et les sonneurs de cloches se chamaillent pour savoir s'ils vont jouer l'Oxford Treble Bob Major qui comporte 17824 variations ou une brève sonnerie de bienvenue car un invité de marque est attendu en la personne de l'évêque de Mircester, le révérend Peer Salver-Hinkley qui a une fâcheuse tendance à piquer un roupillon pendant que les sonneurs jouent leurs variations.
Mais voilà qu'un policier est retrouvé mort au fond d'une crypte, qu'une carillonneuse est assassinée, qu'un journaliste (charmant) est trucidé chez Agatha, que l'ex-fiancée du révérend a disparu quelques années auparavant, que les chats d'Agatha sont kidnappés. Agatha, toujours aidée par ses chevaliers servants Charles et James et son équipe de choc, Toni, Simon, Phil et Patrick va finalement trouver le coupable.

Extrait : 
"Agatha sauta sur l'occasion pour se faire mousser, relatant une enquête qui mettait son intelligence en valeur, et ce fut seulement après ce récit détaillé qu'elle nota que Peter avait presque vidé la bouteille de merlot, et qu'en plus il ne l'écoutait même pas.
- C'est gentil de m'avoir invité, fit-elle. Vous voulez bien me servir un peu de vin ? Merci beaucoup. Dites-moi, est-ce que vous voyez les griffures sur ma joue ? Avec cette chaleur, je sens que mon fond de teint est en train de couler. Sachez que je dois ça à vos chères Dupin, qui se sont mises en rage parce que vous les aviez décommandées pour ce soir.
- Mon Dieu ! Il faut croire que j'ai abusé de mon charme. Quand je collecte des fonds pour Soutien aux Seniors, j'admets que j'ai tendance à être impitoyable. Nous gérons une institution pour les personnes âgées, vous voyez, et nous projetons de nous agrandir.
Sur ces mots, il fixa Agatha avec un grand sourire, dégageant une telle aura de sensualité qu'elle en eut le rouge aux joues.
Il reprit d'une voix un peu rauque en effleurant sa main du bout du doigt :
- Bien entendu, une contribution de votre part serait tout à fait...
Retirant sa main, Agatha répliqua avec aigreur :
- Je poserais la question à mon comptable, nous verrons ce qu'il est envisageable.
- Parfait, répondit Peter d'un ton enjoué, et il coupa le flux des ondes érotiques comme il aurait appuyé sur un interrupteur."
Ian Manook : Askja
C'est la suite de la série inspecteur Jacobson commencée avec Heimaey.
L'Askja est un désert de cendres, lieu mythique d'Islande dans le parc national du Vatnajökull. Mais dans ce lieu on y trouve aussi des cadavres, enfin on devrait les trouver. L'inspecteur Kornelius Jacobson est appelé sur le site mais pas de cadavre alors qu'il a été vu par un gamin avec son drone. Seule maison dans ce désert, celle d'Olaf Erickson, ancien marin qui souffre de la maladie d'Alzheimer. Pour couronner le tout un sniper déjanté qui s'amuse à tirer  sur les voitures des touristes ou les carcasses d'avion sans faire de victimes. Et puis deuxième suspicion de cadavre à Thrinukagigur dans la chambre magmatique du volcan, suspicion car on n'y a trouvé que sa petite culotte. Ces deux cadavres introuvables rappellent à l'inspecteur un fiasco judiciaire qui avait secoué l'Islande dans les années 70. Kornélius va être sur tous les fronts, avec en plus une vie personnelle pas de tout repos non plus entre sa fille, ses amantes et son père !
Dépaysement at action garantis !

Extrait : 
"- Deux affaires sans cadavre avec deux suspects sans mémoire, et maintenant un sniper après lequel nous ne pouvons faire que courir sans avoir la moindre idée de qui il est ni de ce qu’il veut. Tu ne trouves pas que tout ça tourne au ridicule !
-Tu es trop sévère, Kornélius. Toutes les enquêtes commencent comme ça, dans l'embrouille. C'est justement notre boulot de démêler les fils, répond Botty. Il suffit juste de nous y appliquer.
- Quoi, tu crois que je n'y mets pas l'application nécessaire, c'est ce que tu veux dire ? C'est un reproche ?
- Non. je dis juste qu'il faut savoir encaisser les incertitudes d'un début d'enquête avant de se remettre en cause.
- Eh bien, je ne suis pas sûr d'en avoir le courage cette fois. Regarde-moi ce pauvre Gustavsson et ce vieillard d'Eriksson, incapables de se souvenir s'ils ont massacré une fille ou pas, et nous qui sommes prêts à les remettre au procureur. C'est lamentable ! Nous ne maîtrisons rien, Botty, rien du tout."


BD: 
Weber /Deville : Leopoldville 60
Nous retrouvons Kathleen qui après ses débuts d'hôtesse au sol lors de l'exposition de 1958 se retrouve engagée comme hotesse de l'air par la compagnie aérienne Sabena. Elle fait la liason Bruxelles - Léopoldville au moment où s'ouvrent les pourparlers qui décideront de l'indépendance du Congo, c'est aussi l'année des manifestations au Congo pour l'égalité des races. Elle y retrouve une amie qui lui demande son aide. Et comme à chaque album un dossier donne un éclairage sur cette époque.


Tardi : Adèle Blanc-Sec : le bébé des Buttes-Chaumont- Tome 10-
Dernier de la série Adèle Blanc-Sec.
Au bistrot chez Raoul où on picole sec, les tentacules poussent dans les oreilles grâce à l'élixir du docteur Chou .Mais l'épidémie se poursuit car les boissons commercialisées par le docteur Chou transforment le gens en bovins. Le beau-frère d'Adèle, Honoré Fiasco qui a mis la main sur une antidote et la momie, amie d'Adèle, vont lui prêter main forte.



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